(François) Bon, le vieil homme, la mer et le truand

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   Des problèmes de droit d’auteur sont à nouveau venus secouer le Landerneau littéraire avec Gallimard interdisant à François Bon de diffuser une nouvelle traduction du best-seller d’Hemingway Le vieil homme et la mer.

   L’embrouillamini juridique autour de l’œuvre font que plus de 50 ans après la mort d’Hemingway, les droits ne sont, en Europe, pas encore tombés dans le domaine public, ce qui fait les bons comptes des grandes officines littéraires aux catalogues bien remplis et les encourage peu à la prise de risques. Les grandes maisons comme Gallimard vivent de ce fait en rentiers de l’économie littéraire. Il semble loin le temps où Claude Gallimard franchissait les frontières pour rencontrer Milan Kundera à Prague et rapporter clandestinement son manuscrit. La maison d’édition a beau jeu de rappeler ses nouvelles traductions dont celles de l’Ulysse de Joyce. Ces travaux de relecture restent rares et les retraductions arrivent au compte-gouttes. Gallimard n’a pas su faire vivre son catalogue à la mesure de ses moyens.

   Une autre victime collatérale de ce feu de paille médiatique restera Jean Dutourd, le premier traducteur de l’œuvre en français, qui passerait presque pour un cancre de traducteur. Ses nombreuses apparitions aux Grosses Têtes de Philippe Bouvard ou sa chronique hebdomadaire sur Radio Courtoisie ne plaident pas vraiment en sa faveur, pourtant sa traduction, perfectible mais qui n’a rien d’infamant, aura tout de même permis de donner le goût des livres et de l’Ailleurs à de nombreux adolescents, dont Michel Onfray.

   François Bon, enfin, doit sa notoriété davantage à ses prises de position en faveur du « tout numérique » qu’à son œuvre, pourtant plusieurs fois récompensée. Sa réaction – jeter sa collection Pléiade à la benne – semble un brin exagérée. Le caca nerveux prend des allures de stratégie de communication quand il dit vouloir garder le silence – il faut entendre «garder le silence sur Twitter» – en attendant que l’Affaire fasse suffisamment de bruit et devienne insupportable aux oreilles de Gallimard, qui ne demandait, après tout, pas de dédommagements (d’après leur page Facebook) pour les 22 exemplaires numériques vendus en ligne. S’il y a un gagnant dans cette affaire c’est bien François Bon qui aura su médiatiser tierslivre.net et publie.net (le site, fort de son succès est à l’heure où j’écris ces lignes hors-service!).

   Traduttore, traditore : Si traduire, c’est trahir, éditer, c’est 1- dealer 2- morfler ?

C’est ici, pour la version de François Bon.

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