Welcome in Vienna

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welcome-in-vienna-partie-1-dieu-ne-croit-plus-en-nous-wohin-und-zuruck-30-1-gLes quelques spectateurs qui ont eu la chance de découvrir Welcome in Vienna se demandent comment ils ont pu passer à côté de cette trilogie depuis sa sortie entre 1982 et 1986. L’image que donne le réalisateur autrichien Axel Corti de son pays n’y est sans doute pas pour rien. Vienne en 1938 n’est pas montrée comme la victime du nazisme, mais bien comme une collaboratrice zélée. La télévision autrichienne, détentrice de l’œuvre n’a accepté que très récemment d’en céder les droits à une société française pour procéder à sa réédition.

La trilogie débute avec Dieu ne croit plus en nous. Au lendemain de la Nuit de Cristal, Ferry Tobler, orphelin juif débute sa pérégrination dans une Europe, insensible au pogrom, qui ferme ses frontières. C’est une course administrative qui débute pour la communauté juive, une course aux papiers, aux autorisations pour quitter un pays qui les chasse pour rejoindre un pays qui ne veut pas d’eux.

Parvenus à Paris, nos héros vivent la vie de sans-papiers : impossible de circuler librement, condamnés à passer leur temps à mendier des laisser-passer, ils s’installent vite aux marges de la société.

L’œuvre pessimiste contient une constante : les salauds parviennent toujours à tirer leur épingle du jeu, en collaborant, en profitant du désarroi des plus faibles. Obtenir des passe-droits moyennant finance ou faire payer le prix cher au moindre service rendu, c’est le commun des profiteurs de guerre croisés tout au long de la trilogie.

Le premier volet de la trilogie donnera à voir aux français une page peu connue de leur histoire : les réfugiés juifs allemands ont été internés dans le camp de Saint-Just-en-Chaussée. Toujours suspects d’être allemands aux yeux de l’armée française et menacés par l’arrivée imminente de l’armée allemande, les réfugiés ne trouvent de refuge que dans l’espoir de gagner un port.

Cette fuite où les obstacles se succèdent et se ressemblent, prend l’apparence d’une course immobile, comme dans un mauvais rêve où les pieds sont englués au sol : de Vienne à Marseille les personnages changent mais les difficultés sont toujours les mêmes. Les autorités empêchent de circuler ceux qu’elles rejettent.

Le deuxième volet de la trilogie, Santa Fe, se déroule à New-York où il ne s’agit plus de fuir mais de trouver sa place dans ce nouveau monde, le pouvoir n’est plus dans les mains de la police des frontières mais dans celles des employeurs et des offices de placement des travailleurs.

Dans ce petit monde de déclassés sociaux où l’ancienne star du cinéma fait de la publicité à la radio, où le chirurgien est réduit à la mendicité, le café qui rassemble tous les réfugiés devient ce petit théâtre où chacun fait croire qu’il est mieux parvenu que les autres à devenir un américain.

On rêve de pouvoir vivre une nouvelle vie dans ce nouveau pays. Mais les attaches et les souvenirs sont un poids qui empêchent encore de s’acclimater dans ce nouveau monde. La nostalgie de la langue, le souvenir des camps pèsent sur ces survivants qui tentent de se remettre debout.

Santa Fe, destination un temps envisagée, qui donne son nom au film sera oubliée dès les premières annonces de l’entrée en guerre des États-Unis. Le retour à Vienne se fera donc sous les couleurs du drapeau américain.

Retour à Vienne, mais est-ce encore son pays que l’on redécouvre sous l’uniforme américain ? Notre héros revient pourtant comme traducteur dans son Autriche natale.

Le premier travail consiste à débusquer les derniers combattants, à épurer l’administration des nazis. Mais encore une fois les soldats les plus motivés déchantent lorsqu’il s’agit de faire la paix et de réintégrer quelques anciens nazis dans la vie civile.

L’amour du pays et l’amour qui pourraient à nouveau se construire. Une réconciliation, en somme, entre celui qui a été chassé et la fille de ceux qui ont laissé se dérouler la Nuit de Cristal semblerait presque possible.

Les juifs engagés dans l’armée mais toujours suspects doivent à nouveau se justifier et prouver leur loyauté.

La ville et sa vie restent à reconstruire. Mais on reconstruit à l’identique : les acteurs nazis reprennent leur place au théâtre tandis que les victimes peinent toujours autant à trouver de quoi se chauffer et s’alimenter.

Dans cette nouvelle vie à reconstruire, où chacun semble retrouver son rôle, quelle place peut-on encore réserver au juif émigré revenu sous les couleurs américaines du nouvel occupant ?

Émission de France Culture du 9 janvier 2012 consacrée à Welcome in Vienna avec une intervention de l’auteur du scénario quasiment autobiographique, Georg Stefan Stroller qui vit désormais à Paris.

La mise à disposition du film en DVD pose encore des problèmes de droit, mais après patienté presque 30 ans, on saura bien patienter quelques mois pour redécouvrir ce chef-d’œuvre passé trop longtemps inaperçu.

[Mise à jour] Le DVD est finalement sorti le 4 septembre 2012

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