Benjamin Murmelstein « Le dernier des injustes »

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Claude Lanzmann réalisa des centaines d’heures d’entretiens auprès de survivants des camps de concentrations pour réaliser Shoah. Des petits procureurs, sycophantes brasseurs d’infamies reprochèrent à l’un d’entre eux, Benjamin Murmelstein, d’être revenu vivant : ce dernier eut le malheur d’être désigné « doyen des juifs » par les nazis pour co-administrer le camp de Terezin. Le documentaire Le dernier des injustes exploite ces entretiens réalisés en 1975 à Rome.

Le film, sorti en 2013, est loin d’être passé inaperçu auprés des critiques et festivals, mais les documentaires programmés sur peu d’écrans font peu d’entrées et quelques uns, dont je fais partie, ont pu être rebutés par les 3 heures que durent le film. On pourra à présent se rattraper avec le DVD.

Au-delà de l’horreur des faits relatés et de l’injustice faite à Benjamin Murmelstein « dernier des injustes », comme il s’est lui-même ironiquement auto-proclamé, le film met en lumière deux points historiques

  • La solution finale. Les nazis tentaient de contrôler l’image qu’ils renvoyaient à l’étranger. Murmelstein nous rapporte les étapes successives, dont il a été le témoin, dans la préparation de la solution finale. D’abord un programme d’émigration en 1938 destiné aux juifs qui devaient en contrepartie se séparer de tous leurs biens. Madagascar ensuite, présenté dans les discours nazis comme une future colonie juive aux yeux du monde, il s’agissait en fait surtout de rassembler les juifs dans des « villes modèles » comme Terezin, aujourd’hui en République Tchèque. « Villes modèles » aux yeux des nations étrangères mais camp de concentration pour les juifs qui perdaient tout espoir à leur arrivée.
  • Adolf Eichmann. Loin de l’image forgée par Hannah Harendt lors de son procès à Jérusalem, Benjamin Murmelstein fut le témoin direct de la violence d’Adolf Eichmann lors la nuit de Cristal à Vienne lorsqu’une barre à la main il participa à la mise à sac d’une synagogue. Murmelstein, également menacé par Eichmann au moyen d’une arme à feu, ne supportait pas qu’on puisse parler de lui comme d’un fonctionnaire « banal ».

Un témoignage impressionnant qui dépasse les enjeux de la shoah.

 

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