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Les mélanomanes sont des mélomanes

Professeurs de désespoir
de Nancy Huston

 

CommanderL’homme est bon et mauvais, disait George Sand. Mais il est quelque chose encore : la nuance, la nuance qui est pour moi le but de l’art.  « La littérature contemporaine aurait-elle renoncé, à ce but-là ? »  Nancy Huston
C’est sur cette interrogation que s’achève la présentation de Professeurs de désespoir.
Mais pourquoi l’auteure ne s’est-elle pas inoculé le vaccin contre le manque de nuance selon elle caractéristique de l’auteur nihiliste ? Elle commence à caractériser cet auteur par un ressassement à l’envi les thèmes les plus sombres pour finir par lui donner le doux nom de mélanomane.
On a déjà soulevé ici et  les faiblesses et limites de l’essai, mais j’aimerais attirer l’attention sur une nuance que Nancy Huston n’a pas semblé entrevoir chez ces auteurs.
Rappelez-vous Antoine Roquentin de La Nausée, arrivé au bout de sa formation existentialiste – rien ne justifie notre existence – , que lui reste-t-il?

La négresse chante. Alors on peut justifier son existence ? Un tout petit peu ? Je me sens extraordinairement intimidé. Ça n’est pas que j’aie beaucoup d’espoir. Mais je suis comme un type étrangement gelé après un voyage dans la neige et qui entrerait tout d’un coup dans une chambre tiède.

Et c’est sur l’air de « Some of These Days » que s’achève le roman, le narrateur enfin réchauffé par un air de jazz.
La lecture de Nancy Huston, si elle avait été plus fine, n’aurait pas vu comme unique point commun à nos auteurs un profond pessimisme ou le fait de ne pas être géniteurs. Il me semble que ce qui les rapproche avant tout c’est un goût prononcé pour la musique.
Le premier d’entre eux, Schopenhauer et la musique comme « essence intime du monde », Kundera et Janáček, Cioran « A quoi bon fréquenter Platon quand un saxophone peut aussi bien nous faire entrevoir un autre monde ? », …
Là où Nancy Houston a lu des personnages gelés et nihilistes, j’ai cru lire des auteurs possédés par la volonté de dépasser la matérialité avec comme refuge ce seul art non imitatif qu’est la musique.
Ses mélanomanes sont mes mélomanes.

Les français plus réactionnaires que les américains ?

C’est ce qu’on serait tenté de croire en suivant la conclusion d’Olivier Reboul sur la question du genre dans son Introduction à la rhétorique.

L’éthique de la fable est réactionnaire puisqu’elle nous enseigne la résignation.

En agitant la question des genres, Olivier Reboul oppose
  • l’apologie, visant à persuader d’une vérité morale
  • la fable, illustrant une vérite morale

La fable ne dénonce pas, elle énonce, elle ne contredit ni ne proteste, elle jette un regard résigné et amusé. La résignation serait donc du côté du rire qui fait du public un spectateur quand l’apologie voudrait en faire un acteur.

Les personnalités préférées des français / des américains

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1-Yannick Noah
2- Dany Boon
3- Zinédine Zidane
4- Gad Elmaleh
5- Patrick Poivre d’Arvor
6- Charles Aznavour
7- Nicolas Hulot
8- Mimie Mathy
9- Jamel Debbouze
10- Michel Sardou
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1- Will Smith
2- Tom Hanks
3- Reese Witherspoon
4- George Clooney
5- Meryl Streep
6- Brad Pitt
7- Julia Roberts
8- Johnny Depp
9- Jennifer Aniston
10- Patrick Dempsey
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D’après ce classement on constate que les français sont beaucoup plus attirés par les personnalités comiques que ne l’est le public américain. Quand du côté français on trouve au moins quatre comiques dans les dix personnalités préférées, on en compte à peine un chez les américains.Les français, un peuple résigné, plus à son aise dans l’amusement que dans la protestation ?
« L’ensauvagement par le rire », célèbre formule d’Alain Finkielkraut, devrait céder la place à « l’engourdissement par le rire » ?
C’est ce que nous laisse entendre Olivier Reboul…
Cependant nous devons vite apporter quelques nuances à cette analyse. Olivier Reboul dans son Introduction à la rhétorique oppose la fable et l’apologie : « l’ironie plaisante » face à « une antithèse tragique », regard amusé sur l’actualité face à des propositions concrètes et radicales pour transformer la société.

Reste à savoir quels auteurs, des français ou des américains, sont le plus à même d’offrir au public l’antithèse tragique pour le déranger, l’amener à dépasser son point de vue, l’amener au-delà de lui-même.

La Fontaine et Pascal – La fable contre l’apologie
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