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Histoire des services secrets français

Une petite épidémie de paranoïa s’est brièvement répandue sur les réseaux sociaux à l’occasion du vote de la loi sur le renseignement. Si les services de renseignement ont toujours été l’objet de fantasmes et  sujets de romans, comment alors s’étonner que de nouvelles lois aient suscité la paranoïa chez une population de geeks en mal de réel.

Que ceux intéressés par l’histoire des services secrets français aillent se plonger dans la série documentaire de David Korn-Brzoza : qui se souvient encore de la Main Rouge, organisation secrète qui tua plus d’une centaine d’hommes en Europe ? Les images du personnel de l’ambassade russe accusé d’espionnage que l’on reconduit en car jusqu’à l’aéroport sont aujourd’hui encore stupéfiantes. On apprendra également qu’au lendemain de la guerre froide les services se recyclent dans l’espionnage économique et participent avec leurs moyens à la vente de nos Rafale.

L’heure des combats (1940-1960)


Après la capitulation, et avec l’appui des Britanniques, les Français libres vont construire de toutes pièces de « vrais » services spéciaux. Leurs exploits en France occupée sont légion : renseignement, sabotages, missions homo (homicide), désinformation. A la Libération, les services spéciaux prennent le nom de SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) et s’engagent ardemment dans les guerres de décolonisation. Ils combattent le Viêt-minh en Indochine puis, pendant la guerre d’Algérie, assassinent dans toute l’Europe les fournisseurs d’armes du FLN. Ils feront de même en Afrique noire avec les opposants à la politique gaullienne.

Les années chaudes de la guerre froide (1961-1981)

En 1961, l’édification du mur de Berlin marque définitivement la séparation du monde en deux grandes sphères d’influence : les partisans de la démocratie et de l’économie de marché d’un côté, de l’autre, le Rideau de fer et l’Est, dirigé par l’URSS. Les deux blocs se lancent dans une course aux armements — y compris atomiques — inédite dans l’histoire du monde, qui fera régner entre eux l’équilibre de la terreur. Les espions sont partout, les contre-espions les traquent. La manipulation, l’intoxication, le retournement sont les craintes majeures des services.

Le grand malentendu (1981-1989)

Avec l’arrivée de François Mitterrand et de la gauche au pouvoir, la France va non seulement devoir faire face à la défiance de ses services secrets, mais également à celle de son partenaire américain. Si les services secrets relèvent le gant en s’illustrant à travers l’affaire Farewell, celle du Rainbow Warrior les déstabilise durablement et jette un grand discrédit sur le gouvernement et son président, François Mitterrand.

Nouvelles guerres d’un monde nouveau (1989-2009)

Après la chute du mur de Berlin, les services vont s’engager dans l’espionnage économique tout en modernisant leur structure et en se dotant de nouveaux outils comme les satellites d’observation. Mais, très vite, l’ensemble de l’appareil de renseignement bascule vers la lutte antiterroriste. Depuis le 11 septembre 2001, cette priorité demeure absolue.

Mitterrand et ses espions

Toute la vie politique de François Mitterrand est marquée par sa relation douloureuse et méfiante avec les services secrets et de renseignement. Leurs succès – comme l’affaire Farewell – ne le convaincront jamais vraiment, mais leurs échecs provoqueront – comme l’affaire Greenpeace – des scandales si énormes que son pouvoir s’en trouvera mis à mal.

Laissant faire, consentant, des oeuvres de basse police par la cellule de l’Elysée, ayant le plus grand mal à gérer au quotidien les activités des services secrets, François Mitterrand reste fondamentalement un homme de la 4ème République, faisant peu confiance aux services, redoutant leurs initiatives, et cherchant en fait à s’en passer.

L’histoire de la relation entre François Mitterrand et les services se résume en un mot : malentendu. Le président aurait souhaité disposer de machines dociles, transparentes et efficaces, trois qualités qu’aucun service au monde ne sait cumuler. Quant aux services secrets, ils auraient souhaité des directives précises et sans arrière-pensée, qu’un chef d’Etat ne peut pas donner.

Speak Low

phoenixUn standard de jazz est revenu faire une petite apparition dans notre paysage musical grâce au film de Christian Petzold, Phoenix.

Speak Low de Kurt Weill est non seulement le thème principal du film qui revient à travers la basse de Charlie Haden mais également au cœur de l’intrigue : la chanson est un souvenir heureux de l’époque où un ancienne chanteuse déportée, Nelly Lenz, accompagnait son compagnon pianiste.

Dans ces décors de Berlin de 1945 en cendres où les chansons de Brecht & Weill auraient eu toute leur résonance, le réalisateur a préféré insister sur la mélancolie de Nelly à la recherche de son passé, de l’homme qui peut-être l’a trahie mais qu’elle aime encore.

Si la chanson Speak Low évoque la fragilité de l’amour, le titre est inspiré d’une réplique de Don Pedro dans Much Ado About Nothing (Beaucoup de bruit pour rien en français) de Shakespeare : « Speak low if you speak love » (Acte II, scène 1)

Speak Low, classé 140ème sur JazzStandards.com, confirme donc son statut de standard. Pas de reprise révolutionnaire, mais une utilisation adroite du thème de la chanson au service de l’intrigue du film.

2007 : Le procès « des caricatures »

« Tout a été dit cent fois et mille fois mieux que par moi » écrivait Boris Vian.  Rien à ajouter sur l’attaque terroriste du 7 janvier 2015 si ce n’est rappeler l’existence du récit du procès « des caricatures » par Philippe Val : Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous.

En 2007, dans le champ politique nous étions loin de la légitime et saine unanimité que nous connaissons aujourd’hui dans le soutien à Charlie Hebdo. En pleine campagne électorale, le procès « des caricatures » divisait les partis politiques à gauche comme à droite.

À droite, Chirac condamne Charlie Hebdo mais Nicolas Sarkozy, son ministre de l’Intérieur, « préfère l’excès de caricature à l’absence de caricature ». À gauche le soutien semblait plus problématique. Ségolène Royal s’était fendue d’un timide SMS : « bon courage pour le procès ». Philippe Val en voudra longtemps à elle et une partie de la gauche pour ce soutien trop discret. François Hollande, premier secrétaire du parti, s’en sortira beaucoup mieux : malgré les réserves du PS, il viendra témoigner en personne au procès. C’est tout à son honneur surtout quand on sait que le reste de la gauche, à commencer par les associations anti-racistes qui crient aujourd’hui « Je suis Charlie » ne se sont pas manifestées publiquement en faveur du journal. Quant au PC et à la LCR, ils condamnèrent simplement Charlie Hebdo pour ses caricatures.

La relecture de Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous permet de mesurer l’évolution politique de deux gauches – universaliste et souverainiste – depuis 2007, et de constater que tout ce qui a été mis sous le tapis au nom de la paix sociale a fatalement resurgi.

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En cinquante ans, les États ont changé d’attitude face au extrémistes et au fanatiques en tout genre. Ils sont passés de l’attaque virulente à l’autocensure. D’un excès à l’autre. Les attentats du 11 septembre, de Bali, de Madrid, de Londres, mais aussi les fatwas lancées contre Salman Rushdie, Taslima Nasreen ou Ayaan Hirsi Ali, voilà le feu sur lequel on nous a conseillés de ne pas jeter de l’huile… « Soyez prudents avec ces questions… »  « Vous savez, c’est compliqué… » On est donc revenu à la fameuse diplomatie qui a fait le succès des accords de Munich, et nous avons eu le déshonneur et le terrorisme.

Ph. V.

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