Archives de catégorie : Vu

La mère a ses raisons que la raison ignore

My Little Princess

d’Eva Ionesco

Sartre détestait les enfants pour leur propension à jouer, à être en représentation permanente. C’est dans Les Mots qu’il dénonce cette imposture de l’enfant, l’être le moins libre qui soit, cherchant l’approbation dans les yeux de son public : ses parents. Dans L’Être et le Néant, sa cible était le garçon de café au geste « un peu trop précis, un peu trop rapide ». Dans les deux cas sont accusés les acteurs : l’enfant qui joue à être un enfant, le garçon de café qui joue à être garçon de café. Jouer, c’est devenir l’objet du désir d’un regard, c’est nier sa liberté.

Eva Ionesco dans son film My Little Princess nous apprend que l’on peut détester sa mère justement parce que la mère construit sa fille comme un objet de désir.
 Éloge de ma fille - Irina Ionseco
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C’est Irina Ionesco, cachée sous les traits d’Isabelle Huppert, qui, armée de son appareil photo, transforme sa fille Eva en objet artistique érotique. Si dans un premier temps l’enfant se conduit comme l’enfant sartrien fier de capter le regard et donc l’amour de sa mère, la jeune Eva prend ensuite le parti de littéralement sauver sa peau en n’acceptant plus désormais de dévoiler son corps. Mais retrouver sa liberté est un long chemin pour la jeune fille, qui, adolescente, continuera de fuir sa mère dans la fugue et dans son apparence qu’elle cherchera à dés-érotiser.

Dans ce film, œuvre de salubrité intime, c’est donc au tour de la fille de transformer sa mère en un personnage de fiction en dévoilant non pas son corps mais une partie de son histoire.


My Little Princess – Bande Annonce par Filmosphere

mylittleprincess
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La transsubstantiation de Romain Duris

La Nuit juste avant les forêts
de Bernard-Marie Koltès
mise en scène de Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang

Koltès, Chéreau, Duris… Les noms sonnent déjà comme des promesses
Promesse du texte pour certains -moderne, l’auteur a même été joué à la Comédie française après tout-.
Promesse d’une mise en scène ajustée au texte. À la question – Pour qui écrivez-vous ? Koltès répondait – Pour moi, et quand la pièce est terminée, elle est pour Chéreau.
Et enfin la promesse d’un acteur, et ce soir-là, la salle était manifestement venue voir le comédien de L’Arnacœur.
 Et la transsubstantiation de Romain Duris, malgré tous ses louables efforts, ne se fera pas ce soir.
Demain, malgré les kilos perdus pour coller au texte, on twittera que Romain Duris est quand même méga canon.
Demain, malgré le corps rendu fragile par le jeu de l’acteur, on parlera des pas de danse de L’Arnacœur.
Demain, malgré la voix cassée venue amplifier les souffrances du corps qui continuait de vraiment trop rappeler l’acteur de L’Arnacœur, demain à la machine à café on dira avoir vu l’acteur de L’Arnacœur.
Demain la transsubstantiation n’aura pas encore eu lieu, mais le public de midinettes n’était ce soir-là pas préparé à la conversion de l’acteur en Comédien.
-Ceci est mon corps- qu’il disait l’autre acteur déjà bien conscient des problèmes du vedettariat.

Jean Sarkozy acteur de série Z

Une nouvelle mythologie

– Les lunettes de Jean Sarkozy –

Vous connaissez ces secrétaires dans les séries B américaines : elles portent les lunettes et le chignon, avant de tomber in extremis dans les bras du héros, sans lunettes, les cheveux défaits. Les dévergondées ne seront pas admises.
Qu’est-ce donc qui est attaché à ces sérieuses montures ?
Tout simplement l’affiche de la sagesse.
Avec le temps, ce signe est devenu un excellent gag : le personnage austère et grave sera systématiquement représenté lunettes sur le nez (avant de gagner un brushing et de perdre une monture pour procéder au baiser final).
Dans l’ordre des significations optiques, la série B postule donc que les lunettes et le chignon apportent la raison, la sagesse et la gravité. Sans ces attributs, la femme est offerte au héros.
sarkozylunettes
Dans la serié Z, le paradigme est presque équivalent.

Avec lunettes : assez sérieux pour savoir gérer tout plein de dossiers à l’EPAD, façon Ewing.
Sans lunettes : prince Jean-Jean sans Défense

Bon, Jean-Jean… Tu m’éteins cette télé maintenant ! et tu files à la fac…
crédits photos : France 3, Gala, et Google Images que quand tu tapes dedans « Lynda Carter » (Wonder Woman)