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La valse aux inséminations

Grandeurs et misères de l’insémination artificielle

Régulièrement des gynécologues sont animés d’une volonté démiurgique de reconstruire l’humanité à leur image.

Dans le cas le plus récent, un donneur de sperme a appris qu’il était le père biologique de 150 enfants. Ceux-ci ont dû apprendre le numéro du donneur pour ne pas tomber amoureux d’un frère ou d’une sœur…
On est bien loin d’Inseminator – le gynécologue aux 75 enfants : petit joueur ! – et de son glorieux mais néanmoins modèle de fiction: le docteur Skreta sorti tout droit sorti de La valse aux adieux de Kundera.

Si  une fratrie trop nombreuse semble angoisser les enfants issus de fécondations in-vitro, en revanche une humanité fraternelle à son image semble avoir réjoui le docteur Skreta :

kundera la valse aux adieux
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je passe mon temps à rêver d’un univers où l’homme ne viendrait pas au monde parmi des étrangers mais parmi ses frères.

Tous les fils de Salomon, bien qu’ils soient nés de cent mères différentes, étaient frères. Ce devait être magnifique !

Un gynécologue n’est-il pas le mieux placé pour accomplir cette utopie d’une humanité fraternelle – même s’il se contente d’une petite ville d’eaux pour accomplir son expérience – ? 

C’est ma semence qu’il y a dans l’éprouvette.
Par ce moyen j’ai déjà guéri pas mal de femmes de la stérilité. N’oublie pas que si beaucoup de femmes ne peuvent avoir d’enfants, c’est uniquement parce que leur mari est stérile

[Mise à jour] Un film québécois s’est emparé du sujet pour chanter les joies de la fratrie :


STARBUCK : BANDE-ANNONCE VF Full HD par baryla

Gros-Pigeon (3/3) : Sylvie veut que je lui retire ses biens

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Que le temps semble long lorsque ma toute nouvelle meilleure amie atteinte d’un cancer incurable de la cage cérébrale est prête à me léguer plus de deux millions (d’euros ou de dollars ? on dépasse le million, c’est un détail). Et pourtant, moins de 24h après ma réponse, je reçois ce message laconique :

[Mail du 20/8]

Bonjour
je vais vous mettre en contacte avec mon banquier pour vas vous aidez a ce que vous retirer mes biens?

[Ma réponse]

GMontagneBonjour Sylvie,

Êtes-vous certaine qu’il vous reste encore un peu de cervelle entre votre « Boule » et la boîte crânienne ? À vous lire, on peut en douter : ou bien vous n’avez pas jugé utile de dépenser du temps et de l’argent pour apprendre à écrire, ou bien votre cerveau est bon pour la casse. J’avoue préférer la première solution : au moins vous aurez préservé notre pactole pour le bien des petits enfants noirs avec des gros ventres qu’on voit à la télé.
eighties docteur maboul 1978 mb 1-1Avant de vous aider à retirer vos biens, j’aurais aimé pouvoir extraire cette tumeur, l’expérience pourrait être utile pour la science, mais si vous préférez mettre un peu plus de temps à mourir, je respecte votre choix…

Tendrement vôtre,

Ray Ponzi

Épilogue : Sylvie ne s’est depuis toujours pas manifestée. Pas de nouvelles non plus de la part son banquier. La peur de déranger ? Peur de céder à mon charme au crépuscule de sa vie ? La peur de la peur de mourir ?
Je dois avouer que la musique de ses mots et sa poésie me manquent. Si elle venait à vous contacter, rappelez lui au souvenir de Ray Ponzi…

Tableau : L’Escamoteur de Jérôme Bosch

Gros-Pigeon (2/3) : Sylvie aime Dieu, qui le lui rend bien mal

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Sylvie n’a pas tardé à répondre à mon précédent message

[Mail du 18/8]

Bonjour bien aimé !

Je viens juste de lire ton mail et grande est ma joie de te lire. A présent je te signale que d’après mes prières, c’est le bon Dieu qui a fais que je t’ai croisé sur mon chemin pour te confier cette grande responsabilité dont je suis convaincu que tu vas prendre comme une bénédiction et un don venu d’une femme de bonne foi. Je me sens si mal chaque jour car je ne sais pas si je vais survire suite d’opérations. Bien aimé, j’ai peur de mourir mais la vie ne me laisse pas le choix. Je prie éternelle, notre Dieu de bien vouloir m’accorder une place dans les cieux. J’ai tant souffert avec ce mal bien aimé. Mon plus grand souhait que vous pouvez m’apporter est de rester en prière avec moi car je sais que vous étés un croyant de Dieu. Je ne voulais pas quitter cette terre sans se rendre compte que mon argent a servis aux enfants démunies, pauvres, orphelins et autres, surtout pour la reconstruction de votre chère église. Un grand soulagement bien aimé. Cette responsabilité est lourde de prendre et je vous offre cette somme pour que vous le gérer comme si c’était la tienne. Parfois, je me demande pourquoi mon existence sur la planète terre car je vécu inutilement bien aimé. Je n’ai pas eu d’enfant mais au moins j’ai l’affection provenant de votre part et cela me réjouit tellement que vous avez pensée à moi en ces moments difficiles. Je ne sais pas comment vous remercier mais Dieu seul vous le rendra au centuple. J’aimerais bien vous mettre en contact direct avec mon docteur car compte tenu de mon état de santé le téléphone m’es privé. Voici son contact téléphonique: 00 44 704 57 466 22 Tu peux le joindre à tout moment ou vous voulez car il est à votre disposition.

Je serai très ravi de vous lire pour que je vous mette en contact avec mon banquier pour les procédures à suivre enfin d’être en obtention de la somme, le plus tôt possible avant mon opération que vous allez faire de bon usage.

Je vous souhaite de passée de bon moment et que le Seigneur tout puissant vous protège et ainsi que votre famille.

A bientôt

[Ma réponse]

GMontagneChère Sylvie,

« bien aimé », comme vous y allez ! Vous voulez me faire rougir ?
J’espère bien, comme vous l’affirmez, que vous êtes de bonne foi. D’ailleurs une fois dans la ville de Foix j’ai eu assez de foi pour manger du foie. J’aime beaucoup Raymond Devos, je m’en inspire à l’occasion pour chasser la grisaille du quotidien. Mon humour ravageur pourrait d’ailleurs apaiser vos souffrances. Et mourir de rire, c’est tout de même plus gai, non ?
Vous-même avez peut-être tenté de faire de l’humour noir en demandant la protection du Seigneur pour ma famille… je trouve votre blague de mauvais goût Sylvie, je vous rappelle que je suis veuf et sans famille… m’auriez-vous mal lu ? ou votre boule dans votre cage cérébrale vous fait-elle perdre la mémoire ? Mon dieu, ce serait affreux… peut-être oublierez-vous bientôt jusqu’à mon nom ! après tout ce que nous avons échangé…

Comme vous me l’avez demandé, je suis allé prier pour vous. Je n’ai pas payé le cierge que j’ai fait brûler, en espérant que ça ne vous porte pas malheur. Mais un sou, c’est un sou. N’est-ce pas Sylvie ? Et au point où vous en êtes…

Je ne manquerai pas de contacter votre médecin, il est toujours bon d’avoir l’avis d’un vrai professionnel. J’ai quelquefois des démangeaisons à un endroit que la décence m’interdit de vous nommer, je suis sûr que si vous l’avez choisi pour soigner votre cancer, votre médecin saura me prodiguer de précieux conseils.
Puis-je vous demander une dernière faveur ma chère Sylvie ? Soignez votre orthographe, que diable… vous devenez presque illisible. Et votre maudite boule n’est pas une excuse à tout.
Mais cela ne doit pas nous détourner de nos affaires, j’attends vos instructions avec impatience, Amen (l’oseille… je vous l’accorde, Raymond Devos était très surestimé)

Tendrement,

Ray Ponzi

[La suite]

Tableau : Les Tricheurs du Caravage