Archives pour l'étiquette Kurt Weill

Speak Low

phoenixUn standard de jazz est revenu faire une petite apparition dans notre paysage musical grâce au film de Christian Petzold, Phoenix.

Speak Low de Kurt Weill est non seulement le thème principal du film qui revient à travers la basse de Charlie Haden mais également au cœur de l’intrigue : la chanson est un souvenir heureux de l’époque où un ancienne chanteuse déportée, Nelly Lenz, accompagnait son compagnon pianiste.

Dans ces décors de Berlin de 1945 en cendres où les chansons de Brecht & Weill auraient eu toute leur résonance, le réalisateur a préféré insister sur la mélancolie de Nelly à la recherche de son passé, de l’homme qui peut-être l’a trahie mais qu’elle aime encore.

Si la chanson Speak Low évoque la fragilité de l’amour, le titre est inspiré d’une réplique de Don Pedro dans Much Ado About Nothing (Beaucoup de bruit pour rien en français) de Shakespeare : « Speak low if you speak love » (Acte II, scène 1)

Speak Low, classé 140ème sur JazzStandards.com, confirme donc son statut de standard. Pas de reprise révolutionnaire, mais une utilisation adroite du thème de la chanson au service de l’intrigue du film.

L’Opéra de quat’sous à Tours : des gueux trop propres et trop polis

brechtQuarante ans que L’Opéra de quat’sous n’avait pas été représenté sur la scène du Grand théâtre de Tours. Depuis, notre lecture de l’œuvre de Bertolt Brecht et Kurt Weill (livret et musique) n’a cessé d’évoluer.

Invariablement revient la fameuse distanciation que des étudiantes étaient venues, pressées par leur professeur, débusquer dans le jeu des acteurs. Le texte ne fait pas mystère de la distance que Brecht veut imposer entre la fable théâtrale et le spectateur à travers la célèbre adresse :

Afin que vous voyiez, à l’opéra au moins,
La pitié l’emporter sur le droit,
Et parce que nous vous voulons du bien,
Voici qu’arrive le héraut du roi !

Mais Bernard Pisani, dans sa mise en scène, a pris le parti du (trop ?) sérieux et les acteurs cherchent davantage la belle note que le beau jeu. C’est oublier que L’Opéra de quat’sous est un anti-opéra comme Jacques le fataliste était un anti-roman. Et si le texte, et la musique à sa façon, participent à la mise en cause de l’opéra bourgeois et de ses codes, on aurait pu attendre que les acteurs, encouragés par le metteur en scène, bousculent joyeusement les habitudes des spectateurs. Il n’en a rien été, malheureusement.

Voilà ce que nous aurions pu voir, si l’œuvre avait été jouée davantage avec le souci du jeu des acteurs que de la note juste : Ensemble Modern conduit par Nacho de Paz, Francfort, 2007

Si les étudiantes ont dû avoir quelque mal à trouver du grain à moudre pour leur exposé sur la distanciation, en revanche le public a sans doute pu croire que le metteur en scène avait pris des libertés avec le texte tant la critique des banques prend un tour étonnamment moderne dans la bouche des acteurs :

Qu’est-ce qu’un passe-partout, comparé à une société anonyme ? Qu’est-ce que le cambriolage d’une banque comparé à la fondation d’une banque ? Qu’est-ce que tuer un homme de ses mains comparé à tuer un homme au travail ?

Si l’actualité fait toujours résonner le texte, il ne devait sans doute pas en être de même en 2007, à l’aube de la crise financière. À Francfort, lors de la représentation (dont un extrait est disponible plus haut) ces lignes furent simplement passées à la trappe… Peut-être était-il encore un peu tôt…

Pour finir, une des nombreuses reprises d’un des morceaux de l’opéra, l’un des plus connus, «Jenny des pirates» par Nina Simone :

Image : portrait de Brecht Shubnum Gill/Flickr