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La démocratie du clic et l’expert 2.0

Depuis quelques semaines apparaissent en France des spécialistes en aéronautique, en aménagement du territoire, et en biodiversité. Les effets d’un changement de politique dans la recherche et l’éducation ? Non, grâce à Notre-Dame-des-Landes. Heureux le temps de votre naïve jeunesse où vous admiriez innocemment par le hublot les vertes prairies nantaises. Aujourd’hui vous partagez avec la terre entière votre tout nouveau savoir sur les procédures d’atterrissage, l’imperméabilisation des sols et le triton crêté. Développer tant de compétences en si peu de temps laisse rêveur. Pour l’Éducation nationale, j’ai tenté d’en savoir plus sur les méthodes d’acquisition et de réutilisation des connaissances à l’origine de ce miracle pédagogique.

L’expert 2.0 – Notre nouvel expert est d’abord un expert du clic viral. Ses sources se composent de commentaires, ou de commentaires de commentaires. Une fois savant, l’expert 2.0 est facilement adepte de la théorie du complot .

Les commentaires : Leurs auteurs sont des journalistes qui viennent de découvrir un sujet d’actualité brûlante (entendre : où il peut y avoir des images exotiques un peu violentes).
Tel Hervé Kempf qui parvient à refourguer au Monde un scoop qui ne sont que les remarques connues et répétées depuis plusieurs années, des opposants au transfert de l’aéroport.
Ou tous les journalistes venus sur le terrain (comprendre Notre-Dame-des-Landes, beaucoup plus rarement Nantes et les alentours de l’aéroport) recueillir des témoignages, qui n’accordent à la partie adverse (Un exemple : Rue89 Article typiquement parisien, à charge, qui commence par « C’est l’histoire d’une ville de province qui se prenait pour une capitale » et se poursuit par « Vus de Paris ») que le droit au silence, et donc à l’inexistence aux yeux du grand public. Avant de douter de leur honnêteté intellectuelle, je doute d’abord de leurs conditions de travail qui les conduisent à rédiger six articles dans la journée pour respecter la cadence.
Ces articles restent, faute d’enquête approfondie, une collection de commentaires, de témoignages et d’avis, pas une information. Les professeurs de français nous avaient pourtant avertis : À force de lire les commentaires, on passe à côté du texte.

Commentaires de commentaires : Nos experts respectent mieux les consignes de leur prof de maths : Réponds toujours quelque chose, ça peut rapporter des points. J’exagère, certains exposent des opinions construites, forgées à force de lecture, d’articles conseillés par des amis, d’avis sur des forums.
Mais pour les plus nombreux, ivres de connaissances après avoir lu trois articles, n’imaginant pas un seul instant pouvoir être dans le camp des salauds, il y a les réseaux sociaux. Ils s’en vont donc trimbaler leurs certitudes de blogs en forums, de commentaires en twitts. « Hein… avoue, que tu es vendu au grand capital et à Vinci. Sinon, tu serais de mon avis. Ou alors tu ne comprends rien, je te plains ». Il leur arrive bien d’être indulgents pour les autres, ceux qui ne savent pas, mais sur les réseaux sociaux, les propos font souvent preuve de moins de mansuétude.
Chaque petite ville est sommée d’avoir son comité, on en trouve jusqu’en Haute-Savoie (Manifestation à Annecy) pour donner aux nantais des conseils frappés au coin du bon sens : « Il suffirait de réaménager l’équipement actuel ». Merci, on va refaire les études alors.
Ces commentaires de commentaires n’ont plus d’autres fonctions que de se convaincre soi-même, on se répète le mantra entre convaincus jusqu’à ne plus trouver d’autres causes ou luttes qui en vaillent davantage la peine.

La démocratie du clic – Il est tentant de vouloir substituer une démocratie du clic à une démocratie des urnes quand on finit par ne plus cultiver que des réseaux qui nous ressemblent. L’internaute finit par avoir l’illusion que le monde est à son image. On va taquiner de temps en temps l’adversaire, mais l’on revient bien vite s’installer dans sa zone de confort pour se dire, que non décidément, l’autre n’a rien compris. Ainsi on clique, on like, on retweete avec le secret espoir de renverser le vote des urnes. Le procédé me navre encore davantage lorsqu’il est employé par un député, élu de la République :

tweetderugy

J’imagine que pour l’élection du président de groupe EELV à l’assemblée, il a proposé le concours de celui qui pisse le plus loin -pour rester poli-, et Justin Bieber président ? Opportuniste, ce type d’homme politique (François de Rugy, le supplétif d’Ayrault) qui pratique les alliances au gré des retournements de l’opinion publique a évidemment trouvé toute sa place dans l’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
C’est simplement à la démocratie des urnes de reprendre sa place, c’est à la population du Sud-Loire, plus pauvre sociologiquement que celle du nord, celle qui subit les nuisances sonores (« des oreilles chagrines » ai-je lu), qui doit endurer les embouteillages matin et soir pour traverser la Loire et se rendre au travail, c’est à cette population qui donne de la voix dans les urnes mais qu’on laisse sans voix dans les médias, c’est à cette population que l’on doit reconnaître une légitimité dans les choix de son environnement, pas aux internautes.
À la lumière de cette mauvaise farce démocratique, je comprends un peu mieux la proposition de la commission Jospin qui a écarté l’usage des réseaux sociaux dans la validation des signatures populaires nécessaires pour se présenter devant le peuple.

Le complot : Notre culture facilite ce genre de dérives. La culture journalistique d’une certaine génération y a sa part. Celle qui rêve encore en revoyant Les Hommes du président, de nous dévoiler des secrets enfouis, de découvrir le témoin qui fera tomber le système. Ces enquêtes sont évidemment utiles mais demandent des moyens que des journalistes envoyés une journée sur le terrain n’ont pas. De plus, enquêter dans le seul but de dévoiler d’obscurs secrets, c’est se garantir de passer à côté de données accessibles. Je n’ai pas lu un seul article s’appuyer sur l’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique sur laquelle je reviendrai. Des centaines de pages à avaler, à digérer. Contraintes de temps ? Sûrement.
Mais bien que nous soyons accoutumés à voir surgir tous les quinze du mois une nouvelle théorie du complot, je crois que c’est la première fois que je lis des articles de presse reprenant des rumeurs persistantes sur l’actuel aéroport de Nantes. Dans l’article Les avions survolent-ils Nantes exprès4 un contrôleur, pourtant opposé au transfert, a beau démentir, poser la question c’est déjà immiscer le doute, et la rumeur continue joyeusement de faire son travail. Mais cet article a le mérite de nous rappeler que Michel Tarin, ce gentil agriculteur retraité à la barbe fleurie, toujours aux avant-postes dans les combats contre le futur aéroport, cultive une passion : il est pilote. Nous y reviendrons.

Plus de transparence, moins de lobbying – La région veut se lancer dans une campagne de communication, de lobbying ? Mauvaise idée. Ça ne pourrait qu’exciter l’hystérie complotiste déjà bien présente. La région n’a pas à emprunter les armes et le langage de ses opposants. Les idées, les arguments, sont déjà là. C’est dans les zones d’ombre que naissent les doutes, faites la lumière et ils disparaîtront. Mais faites la lumière avec du savoir, des idées, pas en criant plus fort que l’adversaire sur les réseaux sociaux. exemple avec les terres agricoles :

Les terres agricoles – Vous avez peut-être vu la vidéo sur laquelle apparaît notre bon Michel Tarin face aux CRS (les enfants et les personnes âgées face à police, belles images assurées). Michel fait obstacle aux CRS, mais il argumente également : « Rendez-vous compte, les terres agricoles, notre terre nourricière disparaît. Tous les 7 ans, c’est l’équivalent d’un département qui disparaît ». L’argument et l’homme m’ont touché. Par curiosité je suis allé chercher à quel point nous bitumions et bétonnions rapidement. J’ai fini par trouver la réponse :


Si une âme charitable parvient à obtenir un graphique avec les chiffres de 2011 qui sont sortis sur le site de l’Agreste avec les outils mis à disposition, je suis preneur : agreste.agriculture.gouv.fr

Résultat : l’activité agricole n’est pas menacée par l’extension des villes… mais par les forêts. Ce sont toutes les terres en jachère, subventionnées par Bruxelles, ainsi que des terres abandonnées par les agriculteurs parce que trop pauvres, mal situées, qui ont fini par être occupées par les forêts. Donc si vous voulez sauver les terres agricoles, vous savez ce qu’il vous reste à faire : à vos haches et tronçonneuses…
Vous trouverez également des milliers d’hectares en friche dans la banlieue nantaise si vous voulez faire de l’agriculture de proximité.
Fournir ce type de réponse sur la question des terres agricoles, c’est ce que j’attends de la part d’une nouvelle génération de journalistes. Moins de commentaires subjectifs, plus de faits et d’analyses. Moins de jugement axiologique (bien/mal), plus de jugement épistémique (vrai/faux).

Ouverture des données et journalisme de données – ou opendata et datajournalism. Il suffit, non pas d’aller débusquer ce qui serait caché, mais ce qui est déjà disponible. Certaines données chiffrées ne sont immédiatement accessibles qu’aux spécialistes. Il faut les rendre lisibles par tous, c’est le rôle du hacker journaliste que de présenter les données pour les analyser. L’opendata (libération des données) est un processus déjà bien avancé en Loire-Atlantique, il faut le poursuivre pour rendre plus accessible encore un document comme l’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique. Après tout, même les opposants pourront y trouver du grain à moudre : que devient le calendrier de collecte des espèces protégées si le chantier est décalé de 6 mois, alors que la capture était prévue pendant l’hibernation ? Et le budget ? Si vous le trouvez si excessif, épluchez les comptes, comparez.
Cette transparence de l’information, ce passage d’un commentaire subjectif à une information objective devrait permettre de dissiper bon nombre d’incompréhensions et de peurs irrationnelles.
Le GIEC avait dû faire face aux mêmes difficultés avec les climato-sceptiques, il avait su réagir, non pas en faisant du lobbying comme son adversaire, les compagnies pétrolières, mais en facilitant la lecture et l’accès de ses données :

transportCO2frsourceCO2frrepartitionGEShab

Les Verts connaissent tous ces chiffres (j’espère). Comment peuvent-ils encore prétendre faire sérieusement de l’écologie en continuant à assurer le cirque médiatique autour du transfert d’un aéroport ? Veulent-ils nous donner l’isolation thermique en paille d’une cabane en bois comme modèle ? Ou s’agit-il plus probablement du symbole d’une opposition politique ?
Au-delà de ces enjeux politiques, il y a certainement un mécanisme psychologique de déplacement : Comment les européens peuvent-ils conjurer l’angoisse de ne pouvoir agir sur un problème environnemental qu’ils ne maîtrisent pas, qui dépend pour majeure partie de l’Amérique du Nord et de la Chine ? En développant une névrose obsessionnelle sur un objet de substitution : un aéroport.
On aura donc vu davantage d’images de Notre-Dame-des-Landes que du forum mondial de Doha. Après tout, feux de bois dans des cabanes et accords de Doha, participent à la même défaite de l’écologie (dans sa partie rationnelle, pour l’image d’Épinal je suis plus réservé).
La maison brûle et nous regardons… le bac à sable des enfants, pour paraphraser Chirac.
Il y aura toujours des opposants, c’est bien normal, certains points de vue se défendent. Mais face à ceux qui évoquent la Terre, mère nourricière (ne pas confondre avec le père qui est aux Cieux, c’est une autre religion), l’usage de la raison restera inefficace. Dans le cadre d’une discussion laïque et rationnelle, les philosophies issues du chamanisme n’ont pas leur place.

Michel le NIMBYiste – Je n’aime pas les attaques ad hominem, mais je n’aime pas non plus que l’on me manipule. Michel Tarin ne ménage pas ses efforts dans l’opposition au transfert de l’aéroport. Retraité, il tient malgré tout à ce que ses terres restent telles qu’il les connut plus jeune. Mais Michel Tarin n’est pas un rétrograde, il adore piloter les avions, c’est sa deuxième grande passion après ses terres. Après que Michel Tarin ait décollé, il peut survoler les jolies campagnes nantaises. C’est joli la Loire, vue du ciel. Mais Michel Tarin ne veut pas de piste dans son jardin, il préfère en disposer dans le jardin des voisins, c’est moins bruyant.

J’ai donc pris la décision d’accepter les fonds de la Région pour faire du lobbying. Ça me permettra de me payer des cours de pilotage. Et avec Michel Tarin, on survolera Nantes et on vous emmerdera bien fera coucou.

[Mise à jour :]

Un opposant au transfert m’a conseillé la lecture entre les lignes de l’avis des services de l’environnement de la Région sur le projet qui se conclut ainsi :

Malgré le contexte particulier et très tendu qui existe autour de ce projet, il convient d’insister sur la grande qualité du dossier de demande de dérogation et l’attitude très constructive des maîtres d’ouvrages qui ont inscrit résolument leur projet dans le contexte du système de protection stricte des espèces de faune et de flore sauvages ainsi que les politiques de protection qui en découlent.

Le point faible du dossier concernerait le conventionnement entre agriculteurs et maître d’ouvrage mais des garanties importantes seraient apportées.
Je vous invite à lire ici l’intégralité du document et à vous faire votre avis.
Pour ma part, je n’ai rien trouvé entre les lignes, je manque peut-être d’imagination et de paranoïa lorsque je lis des documents techniques.

– Des champions de la lecture (au moins quatre) ont pris au sérieux le dernier paragraphe concernant mes rétributions par la Région, et ont pris soin de me dénoncer sur les réseaux sociaux. Je leur dis ou pas ?
– L’opération de lobbying a été annulée, mais se poursuit toujours du côté des opposants.

[Autres articles du blog consacrés à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : tag nddl ]

L’ère du doute… mais jusqu’au bout

La salle était pleine le samedi 1 décembre aux Assises de l’écosocialisme organisées par le Parti de gauche (PG) dont Jean-Luc Mélenchon, le coprésident, assurait la fermeture des débats.

Des interventions de qualité, telles celles de Jacques Généreux, Henri Peña-Ruiz, ou François Delapierre, mais plus la journée avançait, plus un malaise persistant s’installa. Certains intervenants ont délaissé l’idée d’éducation populaire, l’ambition d’élever le citoyen pour se laisser aller à la manipulation de l’assemblée à l’aide de symboles qui font immanquablement plus réagir que penser. Notre-Dame-des-Landes était ainsi brandi comme symbole de toutes les luttes, économisant à l’intervenant démonstrations et raisonnements.

J’aimerais examiner la critique du projet d’Aéroport du Grand Ouest à la lumière des discours et idées entendus ce jour-là.

Projet archaïque – Si l’on en est réduit à utiliser un tel argument, alors la bataille culturelle gramscienne est perdue. On ne juge pas du bien-fondé ou de la cohérence d’un projet à sa date de naissance. Dans le champ politique le mot « archaïsme » appartient à la culture des néo-conservateurs jugeant les travaux du Conseil National de la Résistance dépassés ; comment l’utiliser aujourd’hui sans céder sur le terrain de la culture politique ? Notre République vieille de deux siècles serait-elle archaïque ? S’envoler à l’autre bout du monde partir à la découverte de l’autre n’est pas plus archaïque. À moins de décider que la découverte de l’Amérique du Sud tant évoquée ce soir-là ne soit facilitée aux parisiens (Ne parliez-vous pas d’égalité de tous sur le territoire Éric Coquerel ?), les citoyens de l’ouest de la France ont aussi le droit de voyager sans passer par Paris.

Journalistes parisiens – « 80% – c’est la part de cartes de presse qui se trouvent à Paris » rappelait justement François Ruffin lors d’une table ronde. Dans ces conditions, comment parvenir à saisir l’incongruité de cars qui font l’aller-retour Paris – Notre-Dame-des-Landes pour aller manifester ? Que des nantais aillent manifester à Montreuil (l’actuel aéroport de Nantes se trouve également aux portes du périphérique) pour y construire un aéroport afin de libérer les terres agricoles de Roissy, vous eût-il paru plus choquant ? C’est pourtant à peu près ce qui s’est déroulé ce 17 novembre 2012 sans que cela semble questionner plus que cela ces 80% de journalistes. Enfin, combien des journalistes présents à Notre-Dame-des-Landes ont-ils poussé leur enquête jusque dans la zone de bruit à Nantes ? Les journalistes manquent parfois de courage pour aller dans les zones où l’on s’ennuie tout simplement, sans lacrymos, ni CRS.

Méconnaissance du milieu agricole – C’est ce qui a été soulevé à juste titre, toujours par ce même journaliste qui a effectué une enquête sur l’entreprise Doux. Le public vacille constamment entre idéalisation et répulsion pour le milieu agricole. Idéalisation pour une profession au contact du Paradis perdu : la Nature ; au risque d’adopter parfois des accents pétainistes « La terre, elle, ne ment pas », et oubliant parfois que les agriculteurs de Notre-Dame-des-Landes n’ont jamais été portés sur le bio. Répulsion pour « ces gens-là qui votent aux 3/4 à droite » (dixit un spectateur posant une question lors des tables rondes). Entre ces deux extrêmes, le monde agricole continue d’être largement fantasmé, et ceux qui découvrent aujourd’hui la magie des zones humides seront les mêmes à chanter demain les beautés des vertes prairies transalpines entre Lyon et Turin sans jamais y avoir posé les pieds.

Priorité des luttes – Si le transport représente une part importante des rejets de CO2 (34%), il est urgent d’agir sur sa diminution. En revanche lorsque l’on sait que le transport aérien compte pour 3,3% des émissions du secteur, on peut douter de la priorité à se battre contre les avions lorsque les mêmes voitures qui s’étaient déplacées pour manifester à Notre-Dame-des-Landes participent au transport routier qui compte pour 93,6% des rejets. Les solutions sont plutôt à trouver, comme nous l’indiquait Martine Billard, du côté de l’aménagement du territoire en limitant l’étalement urbain. À Nantes les nouveaux arrivants sont obligés de s’installer en 3e ou 4e couronne alors que l’actuel aéroport se trouve aux portes sud-ouest du périphérique et empêche toute nouvelle zone de construction. Difficile là encore de communiquer sur le sujet aussi simplement qu’avec un symbole comme Notre-Dame-des-Landes. Comme l’ont souligné certains intervenants, nous aurions été mieux inspirés en soutenant les cheminots en 2010 dans leur combat en faveur du fret SNCF. Pour aller plus loin dans une optique internationaliste, il n’est pas interdit d’essayer de sensibiliser l’opinion en Chine et aux États-Unis responsables de 42,2% des émissions mondiales de CO2.

Légalité/légitimité – Le discours sur la légitimité des activistes face à la légalité de l’État fait florès derrière les micros devant des assemblées bien sages. Mon esprit critique se fait très bien à ces débats philosophiques, en revanche mon esprit petit bourgeois s’offusque un peu lorsque la grange d’un agriculteur qui a porté plainte contre un activiste prend feu1 ou que l’on se « défend » avec des cocktails Molotov qualifiés de légitimes. Les violences de l’extrême-droite lors de manifestations contre le mariage pour tous ont été condamnées par les partis de gauche, celles-ci doivent l’être également. Les politiques doivent tenir compte des éventuelles répercussions de leurs discours sur le terrain.

Suspicions – Le préfet qui a préparé l’avis d’appel public à la concurrence pour la construction de l’aéroport (et non signé la déclaration d’utilité publique comme parfois affirmé) est depuis parti à la Cour des comptes avant de rejoindre Vinci2. Ce n’est, hélas, ni la première ni la dernière fois qu’un haut fonctionnaire délaisse l’intérêt général et le service de la République pour rejoindre un groupe qu’il a parfois contribué à privatiser. Mais l’esprit critique et le doute ne doivent pas s’arrêter là. Un rapport « indépendant » commandé par Vinci pour affirmer la nécessité d’un nouvel aéroport aurait-il eu le moindre poids ? Non. Pourquoi alors prêter davantage de crédit à un rapport commandé par une association militant contre l’aéroport, dont les seules contributions et informations ont été apportées par… les opposants à l’aéroport. Continuons dans cette logique de suspicion généralisée. F. Verchère, à la tête des élus contre le déménagement de l’aéroport, est-elle l’élue d’une des communes concernées par les expropriations à Notre-Dame-des-Landes ? Non… elle fut élue maire sous l’étiquette socialiste à Bouguenais… ville qui accueille l’actuel aéroport. Si vous devez exercer votre esprit critique, ne vous arrêtez pas à mi-chemin.

L’intérêt général – Ce pour quoi il me semble qu’on a une sensibilité de gauche, le désir de faire passer l’intérêt de la collectivité avant l’intérêt particulier. 42000 citoyens sont aujourd’hui touchés par le Plan d’Exposition au Bruit. Avec le nouvel Aéroport du Grand Ouest, ce seront 845 personnes concernées. À entendre Jacques Généreux lors des Assises parler de dissociété, on pouvait penser que les activistes de Notre-Dame-des-Landes ne sont que le pur produit de notre société néo-libérale, un groupe qui se veut autonome sans avoir à prendre en compte comment vivre bien, pas seulement à une petite centaine dans des cabanes sur quelques hectares, mais tous ensemble. Ils ne font que reproduire une logique communautaire, sans vouloir participer au jeu politique et citoyen français. Rappelons que les activistes ne voulaient voir aucun drapeau politique lors des manifestations et que le député vert local a eu sa permanence vandalisée. Toujours lors de ces Assises de l’écosocialisme, j’ai pu visiter le village associatif qui se tenait à côté des débats. Anti-OGM, Anti-Nucléaire, se côtoyaient. Tous avaient en commun la sentence : « Le risque zéro n’existe pas ». Soit, pourquoi accepte-t-on dans ce cas de faire courir un risque à Nantes, la seule ville française dont on survole le centre lors de la phase finale d’atterrissage ?

L’écosystème humain – Jean-Luc Mélenchon et François Delapierre ont été bien inspirés de prendre leurs distances par l’ironie avec ceux qui voudraient accorder des Droits à la nature ou à l’eau : « Le droit est culturel, fait par les hommes ». Le sérieux aurait commandé que les envolées lyriques sur Notre-Dame-des-Landes soient traitées avec la même distance. Enfin, un passage du discours m’a laissé espérer qu’à l’avenir le parti de gauche parlerait davantage aménagement du territoire, télétravail et transports que défense de cabanes en bois :

Nous ne défendons pas la nature, mais l’écosystème humain

Un symbole tel que Notre-Dame-des-Landes est peut-être fédérateur, mais laisse courir le risque à terme de laisser apparaître un hiatus entrée théorie et engagement politique.

[Complément] Le centre-ville est survolé à très basse altitude une minute seulement avant le « toucher de roues ». 1 km. sépare le périphérique du seuil de la piste


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[Mise à jour]

« trop coûteux » – Certains m’ont reproché de ne pas avoir répondu à cette critique. C’est vrai, je n’ai pas traité ce point, et pour une bonne raison : je n’ai pas entendu cette critique à gauche. Dans le cadre d’une lutte contre l’austérité un New Deal se fait toujours par des investissements d’infrastructure à l’intérieur du pays, ce qui stimule l’activité sans creuser la balance commerciale extérieure. J’ai bien entendu l’air c’est du « trop coûteux », mais en creusant un peu les mêmes chantaient aussi le refrain « politiques, tous les mêmes, fonctionnaires, trop payés ».
personnalisation du débat – Un des vices de la Ve République ? « petit politicien de province » « Ayrault-porc ». L’auteur de la première invective s’est maladroitement ravisé. Avis aux poètes manifestants : Jacques Auxiette, président de la région Pays de Loire, rime avec quéquette et toilettes, au choix. Et vivement la VIe République…

Les autres articles du blog consacrés à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : ici