La mère a ses raisons que la raison ignore

My Little Princess

d’Eva Ionesco

Sartre détestait les enfants pour leur propension à jouer, à être en représentation permanente. C’est dans Les Mots qu’il dénonce cette imposture de l’enfant, l’être le moins libre qui soit, cherchant l’approbation dans les yeux de son public : ses parents. Dans L’Être et le Néant, sa cible était le garçon de café au geste « un peu trop précis, un peu trop rapide ». Dans les deux cas sont accusés les acteurs : l’enfant qui joue à être un enfant, le garçon de café qui joue à être garçon de café. Jouer, c’est devenir l’objet du désir d’un regard, c’est nier sa liberté.

Eva Ionesco dans son film My Little Princess nous apprend que l’on peut détester sa mère justement parce que la mère construit sa fille comme un objet de désir.
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C’est Irina Ionesco, cachée sous les traits d’Isabelle Huppert, qui, armée de son appareil photo, transforme sa fille Eva en objet artistique érotique. Si dans un premier temps l’enfant se conduit comme l’enfant sartrien fier de capter le regard et donc l’amour de sa mère, la jeune Eva prend ensuite le parti de littéralement sauver sa peau en n’acceptant plus désormais de dévoiler son corps. Mais retrouver sa liberté est un long chemin pour la jeune fille, qui, adolescente, continuera de fuir sa mère dans la fugue et dans son apparence qu’elle cherchera à dés-érotiser.

Dans ce film, œuvre de salubrité intime, c’est donc au tour de la fille de transformer sa mère en un personnage de fiction en dévoilant non pas son corps mais une partie de son histoire.


My Little Princess – Bande Annonce par Filmosphere

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