Quatre souffrances sur scène

Abilifaïe Léponaix

pièce de théâtre de (et avec) Jean-Christophe Dollé

La pièce nous emmène dans l’univers de l’hôpital psychiatrique. Quatre personnages sur scène. Quatre souffrances. Quatre schizophrènes forgés par l’auteur à partir des carnets d’une psychiatre. On retrouve des portraits caractéristiques, de l’obsessionnel au mystique, chacun avec son histoire.

Le voyage commence dans un monde qui pourrait être le nôtre. Un monde où nos manies, nos obsessions sont poussées « jusqu’au bout ». L’un écrit des lettres à la TV quand une autre craint que sa pathologie ne la prive de la garde de son enfant.

Et si les fous étaient ceux qui allaient jusqu’au bout ? Pourquoi n’irions-nous pas tous jusqu’au bout ? Alors, il n’y aurait plus de fous.

On se laisse conduire dans un asile, sans le pathos habituellement attaché au sujet, par des dialogues qui pourraient se trouver dans des brèves de comptoirs d’hôpitaux :

J’entends des voix mais j’aurai jamais mon nom dans le calendrier. Moi j’ai mon nom dans l’agenda du médecin.

On s’identifie à eux, on rit avec eux. Si l’un des personnages s’effondre, un autre prend le relais et empêche que la pièce ne sombre dans la noirceur la plus totale.

– J’entends des voix…
– C’est pas moi !

On rit avec ces personnages qui se cognent contre le réel et sa folie. On rit jusqu’au dévoilement de la problématique de la pièce : « Abilify et Leponex » traitement réservé aux patients schizophrènes apporte-t-il davantage de bienfaits que d’effets secondaires ? Si la souffrance est présente sans les médicaments, si les personnages ont parfois du mal à tenir debout, les phases où le patient se sent surpuissant compensent les moments difficiles. Une fois la « camisole chimique » enfilée, commence une autre vie. Parfois morne, le plus souvent contrainte, mais toujours avec les lourds effets secondaires de la thérapie.

La mise en scène et l’ambiance sonore (à écouter [ici]) participent à la montée de la tension jusqu’à la déchirante scène finale : nous ne sommes plus complices des personnages, nous ne sommes plus que spectateurs impuissants, témoins muets de la douleur.

Commander

Il semble qu’après avoir fait tourner la pièce pendant plus de trois ans à travers la France avec un passage remarqué à Avignon, la compagnie Fouic ne donne plus de représentations d’Abilifaïe Leponaix. Les quelques captations de la pièce ne lui rendent pas justice, vous devrez donc vous procurer le texte disponible aux éditions de L’Harmattan en attendant une éventuelle reprise d’Abilifaïe.

Image : Le Cri d’Evard Munch

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