Raoul Ruiz, le style retrouvé

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the_endRaoul Ruiz nous laisse l’œuvre cinématographique d’un érudit pour lequel l’adaptation d’un roman ne se résumait pas à la reprise d’une trame narrative. Loin de ces réalisateurs qui prennent Balzac et Maupassant pour de simples scénaristes, Raoul Ruiz savait, lui, lire une œuvre.

Le Temps retrouvé, film pour lequel Raoul Ruiz a bénéficié d’un casting hors-norme (John Malkovich dans un de ses meilleurs rôles) est un modèle du genre. L’œuvre de Raoul Ruiz a su épouser le rythme de l’œuvre proustienne : le premier plan en témoigne. Un cours d’eau, le cours du temps responsable du changement : l’on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau, tout comme le narrateur ne considère jamais un personnage deux fois de façon identique. Les passions passent, les douleurs aussi.

Le mérite du film c’est le style enfin, que la mise en scène parvient à restituer. Proust évoquait les trottoirs roulants des pages de Flaubert au défilement continu, monotone, morne, indéfini. C’est ce défilement continu et fluide de la narration de La Recherche que Raoul Ruiz a su retranscrire. L’utilisation de trottoirs roulants dans sa mise en scène rend parfaitement ces images que la mémoire reconstitue.

Comme dans le souvenir du narrateur, le temps et l’espace subissent la distorsion de la mémoire. Raoul Ruiz réussissait là à nous montrer que Proust n’est pas seulement Maupassant.

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