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Des écologistes à l’Ouest

Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine… des écologistes défendaient une écologie à visage humain.

Mais l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, devenu l’emblème de l’opposition écologique la plus radicale, est passé par là.

Dominique Voynet Notre Dame des Landes
(Cliquer pour agrandir) « mais cela provoquerait de nombreuses nuisances pour les riverains »

Dominique Voynet qui se préoccupait en 1998 des « nuisances pour les riverains » de l’aéroport de Nantes-Atlantique passerait aujourd’hui pour une traître à la cause à envoyer d’urgence dans un camp de rééducation bio-citoyen-équitable.

Si un parti dit écologiste tient tant à développer l’aéroport de Nantes-Atlantique malgré les nuisances sonores subies par la population survolée (80000 habitants à terme) c’est bien évidemment au nom de la très sainte religion qui a érigé son temple à Notre-Dame-des-Landes.

À la veille de nouvelles élections il est cependant intéressant de constater que la folie intégriste n’a évidemment pas contaminé tous les candidats écologistes. Ceux qui se trouvent à proximité des aéroports ont toujours – sauf à Nantes ! – le même discours :

DITES STOP À L’AUGMENTATION DES NUISANCES AÉRIENNES

EELV nuisances aériennes

NUISANCES AÉRIENNES…

Capture du 2015-10-01 09:44:19

Inutile de multiplier les exemples. L’aéroport de Nantes, seule région où les candidats écologistes ne voient ni n’entendent passer les avions, est la seule exception.

Plus intéressant, la candidate écologiste de Lyon évoque un aéroport trop proche du centre-ville qu’il faudrait déménager :

SUPPRIMONS LES NUISANCES

Capture du 2015-10-01 09:47:04

« Alors, plutôt que d’adapter l’environnement à la nuisance, réfléchissons à la suppression de la nuisance et à la formidable opportunité que constituerait cet espace rendu aux habitants de l’agglomération : construction de logements, développement d’une agriculture de proximité. »

Ce programme écologiste lyonnais est un copier-coller de l’opération qui va être menée à Nantes : transférer un aéroport trop proche de l’agglomération, reconstruire la ville sur elle-même, la densifier.

Gageons qu’une fois le sortilège de Notre-Dame-des-Landes rompu, les écologistes reprendront leurs esprits.

Sources :

http://archives.eelv.fr/legislatives2012/regisgodec.eelv-legislatives.fr/dites-stop-a-laugmentation-des-nuisances-aeriennes/index.html

http://archives.eelv.fr/legislatives2012/bernardmorin.eelv-legislatives.fr/les-nuisances-aeriennes/index.html

http://rhone.eelv.fr/plan-dexposition-au-bruit-de-laeroport-de-bron-supprimons-les-nuisances/

François de Rugy : vrai député #EELV

François de Rugy, co-président du groupe EELV à l’Assemblée nationale, est l’un des parlementaires les plus présents sur les réseaux sociaux. La semaine dernière le député a eu de nouveau l’occasion de tweeter lors de la désormais traditionnelle manifestation nantaise contre « l’aéroport et son monde », ou contre « les violences policières », les manifestants eux-mêmes ne savent pas très bien. Le rituel est bien rodé : violences et dégradations du centre-ville l’après-midi, condamnations politiques unanimes le soir, y compris celles plus ou moins cauteleuses des Verts. On frise le comique de répétition.

Cette fois, celui qui aimerait voir revenir EELV au gouvernement tente de trier le bon grain de l’ivraie, pour retrouver ses petits, les « vrais » opposants,  au milieu de ces « faux anti #NDDL », façon de redonner bonne figure aux Verts dont l’image est régulièrement ternie par les violences zadistes.

Quelques jours après le tweet de François de Rugy, les prévenus interpellés lors de la violente manifestation, jugés en comparution immédiate, douchaient les espoirs du député. Non seulement ces derniers se déclarent être de vrais opposants à l’aéroport, mais la moitié d’entre eux sont également de vrais occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, lieu saint de l’écologie radicale dont le député, pourtant parmi les plus modérés dans son parti, ne se voit pas demander l’évacuation. Cette citadelle médiatique à partir de laquelle les écologistes radicaux lancent des imprécations sur les malheurs du temps est un lieu où même Cécile Duflot n’oserait s’aventurer seule.

Alors ce tweet sur ces vrais « faux anti #NDDL » est-il naïf ? On penchera plutôt pour la stratégie politicienne. Si l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a bien été une épine dans le pied du premier ministre Jean-Marc Ayrault qui préféra temporiser (bien mal lui en prit pour son image) c’est paradoxalement au tour d’EELV d’hériter de la patate chaude, au plan local, on comprend leur silence gêné face à ces manifestations qu’ils ne contrôlent plus, mais également au plan national : aucune chance pour EELV dont l’image est entachée par ces violences zadistes aux quatre coins de la France d’obtenir un maroquin. Le gouvernement Valls aura au moins appris du gouvernement Ayrault qu’une machine à couacs ça n’avance pas.Front National NDDL

Très localement ces petits calculs politiciens font l’affaire de EELV,  au plan national c’est toujours le Front National qui en tire profit : on y sabre le champagne à chaque nouvelle manifestation contre l’aéroport. 9 voix séparaient EELV et FN lors des dernières élections à Notre-Dame-des-Landes. Si l’écologie peut se passer des zadistes, le Front National en revanche peut leur dire merci.

 

 

photo : Wikimedia

« l’espèce humaine est désignée comme un coupable et une cible »

Le parfum d’Adam – Jean-Christophe Rufin

 

parfumdadam
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Dans ce roman policier, Jean-Christophe Rufin, l’ancien médecin et diplomate aujourd’hui à la retraite promène une jeune écologiste aux quatre coins du monde à la rencontre des mouvements écologistes les plus radicaux. Le roman se laisse lire, mais la partie la plus intéressante est consacrée aux sources utilisées pour l’écriture de l’intrigue. Petit aperçu de la philosophie de l’écologie radicale et de sa littérature en quelques extraits :

William Aiken « Une mortalité humaine massive serait une bonne chose »

Malthus n’est pas mort, lui qui voyait dans les disettes et les épidémies le mécanisme « naturel » qui régule la population et, en la réduisant, l’adapte aux « subsistances », c’est-à-dire aux ressources disponibles.

L’influence de cette pensée ne se limite pas au domaine humanitaire. Il imprègne aussi d’autres idéologies contemporaines et, au premier chef, certains courants écologistes. Les citations de ce livre sont toutes exactes, y compris les plus ahurissantes, comme celle de William Aiken : « Une mortalité humaine massive serait une bonne chose. Il est de notre devoir de la provoquer. C’est le devoir de notre espèce, vis-à-vis de notre milieu, d’éliminer 90% de nos effectifs » (Earth bound : Essays in Environmental Ethics).

Pour des lecteurs français, ce type de déclaration ne peut être le fait que d’extrémistes minoritaires et irresponsables. […] Du coup, on en oublie le visage que peut prendre l’écologie dans d’autres pays, aux États-Unis ou en Angleterre par exemple. Le terrorisme écologique est pourtant pris très au sérieux par les services de sécurité de ces États. Le FBI a été jusqu’à considérer que l’écoterrorisme constituait la deuxième menace aux États-Unis, derrière le fondamentalisme islamiste. Cette opinion est controversée. Certains y voient une manipulation et la discussion est ouverte. Il reste que l’existence d’une écologie violente est incontestable.

Elle s’ancre dans une réflexion théorique largement ignorée en France. […] Cette critique radicale de l’homme est un des autres aspects du renouvellement de la pensée malthusienne contemporaine. Pour l’écologie profonde : « L’homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant mais s’inscrit au contraire dans l’écosphère comme la partie s’insère dans le tout. » Les conséquences pratiques de cette approche rejoignent les préoccupations « humanitaires » concernant la population. Parmi les fameuses « Huit thèses sur l’écologie profonde » du philosophe norvégien Arne Naess figure celle-ci : « L’épanouissement des cultures et de la vie humaine est compatible avec une substantielle diminution de la population humaine. »

Ce glissement, de l’élaboration philosophique jusqu’à une sorte d’inculpation de l’humanité, est essentiel pour comprendre la genèse d’une violence écologiste

Nous n’avons perçu, en France, que l’écho lointain et adouci de ces postulats. Des penseurs « grand public », de Michel Serres à Albert Jacquard, popularisent des idées apparentées à ce courant de pensée. Mais, en leur prêtant leur voix rocailleuse et leur visage plein de bonté, ils rendent encore plus difficile de comprendre comment de tels concepts ont pu, ailleurs, engendrer une violence extrême et des actes terroristes.

Ce glissement, de l’élaboration philosophique jusqu’à une sorte d’inculpation de l’humanité, est essentiel pour comprendre la genèse d’une violence écologiste. L’action directe et radicale est en effet justifiée, dès lors qu’il s’agit de se dresser contre des crimes plus terribles encore : ceux dont l’espèce humaine se rend coupable contre les autres espèces, et même contre la Nature tout entière. Il est d’ailleurs courant, dans les différents sites Internet consacrés à ces sujets, de lire que l’écoterrorisme dont sont accusés certains militants radicaux n’est que la réponse au « véritable » terrorisme que commet quotidiennement et à grande échelle la civilisation industrielle et, plus généralement, le genre humain.

Même si l’on ne souscrit pas à ses idées, il est assez réjouissant pour un romancier de constater qu’une œuvre de fiction, [un roman de Edward Abbey] The Monkey Wrench Gang, est parvenue à exercer une influence aussi décisive sur la réalité. L’épopée assez branquignolesque d’une bande de saboteurs de chantiers qu’Abbey décrit dans une langue inimitable, a servi de bréviaire à toute une génération d’activistes qui ont suivi son programme quasiment à la lettre.

À partir du moment où l’espèce humaine est désignée comme un coupable et une cible, tout devient possible, et seule change l’échelle à laquelle se conçoit l’action.