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L’Art contemporain : escroquerie en bande organisée ?

La revue Books de septembre met des mots sur le malaise qui nous étreint parfois à l’entrée d’une exposition d’Art contemporain : « N’y a-t-il rien d’autre à voir ? ». L’art contemporain y est dénoncé comme cette vaste escroquerie en bande organisée dont le trio de forfanteurs serait l’artiste, le critique et le commissaire d’exposition.

Morceaux choisis :

L’artiste

Il apparaît comme l’imbécile heureux du groupe, le moins enclin à l’ « incontinence rhétorique ». Souvent « piètre philosophe », ses « dénonciations sont politiquement correctes ». Ses œuvres « défendent l’écologie, dénoncent le sexisme, accusent l’hyperconsommation, le capitalisme ou la pollution ». « Superficielles et infantiles, les œuvres font également preuve d’une allégeance complice vis-à-vis de l’État et du système qu’elles prétendent critiquer. »

Car « les artistes ont développé une addiction aux musées : la valorisation et l’exposition de leur art sont impossibles ailleurs. » Leurs œuvres « soit-disant contestataires, voient le jour dans le confort et la protection des institutions. »

« Ce milieu est régi non par des critères esthétiques, mais pas l’impératif institutionnel de l’exposition, de la promotion, de l’achat et de la vente. L’artiste conceptuel nous dit que l’œuvre est secondaire par rapport à la machine communicationnelle. » D’où la nécessité du critique, véritable spécialiste de la communication.

Le critique

L’art conceptuel ne se suffit plus à lui-même, il a besoin du commentateur : « Le critique n’est plus là pour juger l’œuvre, mais pour croire en sa signification. » Mais son travail ne consiste plus qu’à « reconnaître des allusions et fournir un capitonnage théorique ».

« Celui qui flatte aujourd’hui pourrait bien être, demain, nommé commissaire d’exposition. »

Le commissaire d’exposition

« L’objet d’art est analysé par le commissaire d’exposition, qui détermine de quel genre de création il s’agit en fonction de catégories préétablies » : « L’art, c’est simplement ce dont parle le monde de l’art. »

Les artistes indigents suivis de leurs fidèles commentateurs et commissaires d’exposition sont nombreux : Comment décrire un cube noir de 183cm de côté ? La sculpture « ne nous inquiète pas seulement à travers l’obscurité de sa masse. Elle nous inquiète aussi à travers l’indécision qui s’y joue perpétuellement d’une verticalité et d’une horizontalité » (Commentaire de Georges Didi-Huberman à propos de Die de Tony Smith)

On ajoutera l’exemple (vécu) de Hors-Jeu d’Annette Messager. Pourquoi Hors-Jeu ? « C’était la coupe du monde de football, et j’entendais sans arrêt à la télé. Hors-jeu, hors-jeu, … Alors je me suis dit, c’est pas mal d’être hors-jeu ». Fade discours bien vite rattrapé lors du vernissage : L’artiste marie « intime et l’universel, la fiction et la réalité, le vrai et le faux ». Commentaire creux, qui passe certainement mieux au milieu des petits-fours.

Intox, Intoxiqué

Exposition Sous Influences

Arts plastiques et psychotropes à la Maison Rouge

Inutile de passer en revue toutes les problématiques abordées dans cette exposition : effets des drogues, classement de ces drogues : dopantes, hédonistes, hallucinogènes, questionnement sur le statut de ces drogues… Plus que des réponses, l’exposition fournit le portrait d’un siècle d’utilisation de psychotropes.

Loin de véhiculer l’image d’une substance qui libérerait des contingences du réel, l’exposition pointe au contraire l’échec des artistes dans leur volonté de changer de monde. Le rapport au réel est bousculé mais les artistes restent contraints par le contexte historique, artistique et stylistique qui est le leur. Bellmer reste Bellmer, avec ses obsessions pour les formes de la femme, avec ou sans prise de drogues.

Mais ces psychotropes sont en revanche l’occasion de repenser les marges de l’Art. Bien que les artistes restent cantonnés dans leurs quartiers artistiques, ils ne cessent de se confronter durement au réel lors des phases d’atterrissage. Lacan rappelait que « Le réel, c’est quand on se cogne ». Et on se cogne rudement chez Antonin Artaud pour lequel l’opium délivre des angoisses.

L’exposition n’épargne donc pas la face cachée des psychotropes : calmants ou destructeurs, ils n’épargnent aucune des crises existentielles auxquelles ont à faire face les artistes.

photo : Dots Obsession de Yayoi Kusama