L’Allemagne rêvée

drapeau allemandL’Allemagne bénéficie, selon un récent sondage[1. L’Allemagne, pays le plus apprécié au monde, selon un sondage de la BBC], d’une image positive. Sa bonne santé économique, son influence sur la politique européenne, ses exportations de grosses cylindrées y sont pour beaucoup. On pourrait poursuivre ce portrait en évoquant l’attractivité de Berlin, ses intellectuels qui se battent contre l’austérité, un modèle écologique… mais on serait vite dans l’erreur.

Berlin, la bohème… et le chômage

Berlin attire, contrairement au reste du pays, la jeunesse européenne. S’agit-il d’un revival des années 70 où Lou Reed chantait les charmes de la bohème berlinoise ?

Mais la seule ville allemande où l’on serait prêt à s’installer souffre d’un taux de chômage comparable au reste de l’Europe : 12,3%. Sans compter que les salaires y sont inférieurs à la moyenne du pays.

De là à dire que Berlin est plus européenne qu’allemande…

Consensus politique autour de l’austérité imposée à l’Europe

L’Europe se rassure en dénichant de rares intellectuels allemands critiques à l’égard de la chancelière allemande et de sa politique d’austérité. Les gauches européennes peuvent ainsi se donner l’illusion qu’Angela Merkel ne représente que la droite libérale. Pourtant, la quasi-unanimité politique autour de la cure d’austérité imposée à l’Europe est flagrante.

Malgré tout, on continue de s’étonner du silence du SPD (parti social-démocrate) lorsque Barroso dénonce la politique de rigueur[2. Europe: l’étrange silence du SPD] ou du si petit nombre de députés allemands (quatre !) ayant signé un appel contre l’austérité[3. Les ailes gauches du PS et du SPD lancent un appel contre l’austérité]. Les illusions sont parfois rassurantes, et la peur de paraître germanophobe, d’attiser les rancœurs entre voisins, fait qu’on devient facilement conciliants. Les attaques répétées du gouvernement allemand contre nos politiques nationales restent sans réponse et l’appui de la chancelière à Sarkozy en pleine campagne électorale, même s’il ne lui a pas porté chance, est déjà oublié. Un retour de l’esprit munichois ?

Après tout l’Europe a peut-être compris que le SPD, plus présent en Basse-Saxe, imprégnée de valeurs protestantes, était beaucoup plus nationaliste que le CDU de Merkel [4. Le SPD se veut social et innovant mais oublie l’Europe]

L’Allemagne, aussi écolo qu’un 18 tonnes

L’Allemagne, ses rues propres, ses panneaux solaires… et sa pollution industrielle.

Pour éclaircir le mystère écologique allemand on peut se souvenir du discours de François de Rugy, coprésident du groupe écolo à l’assemblée, pour les 50 ans d’amitié franco-allemande : « Mesdames et messieurs les députés du Bundestag, nous voulons d’abord vous dire qu’en confirmant récemment le choix de sortie du nucléaire, vous avez fait un bon choix. (Applaudissements.) » [5. Discours de François de Rugy devant le parlement allemand]

L’Allemagne a donc opéré unilatéralement ceette transition énergétique, sans préparation au niveau européen ou national. Résultat : les centrales au charbon tournent à plein, aucun autre pays ne construit autant de centrales alimentées par le coke (23)[6. L’adieu au nucléaire ressuscite le charbon]. Entre 2011 et 2012 , les rejets en CO2 des 130 centrales allemandes au charbon ont augmenté de 4%[7. L’Allemagne pollue de plus en plus], permettant à l’Allemagne d’accroître sa balance commerciale et de dépasser ses quotas de CO2.

Le secret de la popularité allemande ? Des rues propres, de l’énergie (pas très propre) et de l’industrie.

photos : Flickr/harminisierend

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