« Il ne faut pas désespérer Notre-Dame-des-Landes »

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Il ne faut pas désespérer Notre-Dame-des-Landes. Billancourt a été un emblème ouvrier, Notre-Dame-des-Landes veut devenir le nouvel emblème écologiste.

Sartre a dissimulé ce qui se tramait à l’Est aux ouvriers de Billancourt. L’intention était louable : préserver leurs convictions intactes (« Il ne faut pas désespérer Billancourt »). On fait de même à Notre-Dame-des-Landes :

« Dissimuler la vérité aux militants pour les conserver mobilisés ». Vieille antienne.

La terre sainte de Notre-Dame-des-Landes

« On gaspille des terres » – À l’ouverture du nouvel aéroport en 2017, 537 ha seront artificialisés. D’ici là, dans la région chaque année plus de 10000 ha seront consommés par l’étalement urbain1 (soit en un an près de 19 fois plus, et d’ici 2017 si l’étalement urbain se poursuit au même rythme : 95 fois plus…). Comment densifier la communauté urbaine de Nantes si ce n’est en transférant l’encombrant aéroport situé aux portes du périphérique ? L’artificialisation des sols augmente 3 fois plus vite que la population2, le premier responsable n’est pas l’aéroport mais les maisons qui grignotent les champs. Quand le sage montre la lune…

« Ces terres exceptionnelles » – Ce site n’est ni une ZICO (Zone d’Intérêt Communautaire pour les Oiseaux), ni un des Espaces Naturels Sensibles de Loire-Atlantique. Une seule ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Écologique Faunistique et Floristique) est incluse dans ce secteur : la vallée du Gesvres. Enfin ce site n’intégrera probablement jamais le prestigieux réseau Natura 20003  – contrairement au Lac de Grandlieu qui jouxte l’aéroport de Nantes-Atlantique. Mais si leur façon de sanctuariser la ZAD est d’y organiser des festivals, peut-être vaut-il mieux qu’ils restent prendre soin de Notre-Dame-des-Landes –

« L’eau en danger » – Ce n’est pas l’avis des opposants historiques : il se sont félicités de la « très bonne étude » réalisée à l’occasion du débat public, « malgré quelques légères erreurs ou imprécisions ». Une inquiétude toutefois : que le nouvel équipement de traitement malgré sa technologie de pointe ne puisse traiter 100% des pollutions résiduelles. Mais les fermes ne disposent sans doute pas non plus des meilleurs outils pour éviter la diffusion des produits phytosanitaires.

Le show politique

Françoise Verchère, principale représentante des opposants au projet, a effectué un très bon mandat de maire à Bouguenais (une des communes sur laquelle se situe l’actuel aéroport). Elle s’est battue contre les nuisances sonores causées par les nombreux survols dont souffraient ses administrés en obtenant le financement de l’isolation phonique de leur logement. Quelques années plus tard, passée du PS au MRC de Jean-Pierre Chevènement puis du MRC au PG, on la retrouve, défilant aux côtés de Jean-Luc Mélenchon lors d’une manifestation, affirmer « qu’un avion ne fait pas plus de bruit qu’une mobylette »… Vous pourrez à présent l’écouter animer des réunions à Paris. On peut évoluer dans ces convictions, mais certains grands écarts semblent acrobatiques.

Un Gosplan à l’envers

Les opposants, qui lors des débats publics ne remettaient pas en cause la saturation à venir de l’aéroport, prévoyaient que les 2,6 M de passagers seraient atteints en 2020. Ils ont été plus de 3,6 M en 2012. D’autres analyses économiques participent du même discrédit dont devraient pâtir leurs prévisions. Elles continuent pourtant d’être répétées en boucle, jusqu’à se radicaliser : ils nient à présent tout risque de saturation après l’avoir prévu pour 2037 (contre 2020-2030 pour les 4 autres expertises).

Le chantage d’EELV

Le parti aux 2,31% et aux 17 députés donne beaucoup de leçons de démocratie… ne voyant aucune contradiction entre ses discours et ses arrangements politiques. Si le parti était plus sûr de lui et de sa place au gouvernement, il prendrait sans doute moins ce transfert d’aéroport en otage. Mais nul doute qu’à la prochaine anicroche gouvernementale, Notre-Dame-des-Landes soit ressorti du sommeil médiatique dans lequel il sombre discrètement.
Sa place au gouvernement a tout de même permis de lancer une commission de dialogue grâce à 13500 personnes réunies à Notre-Dame-des-Landes, quand les 340000 manifestants contre le mariage pour tous se sont plaints de ne rien avoir obtenu. Difficile exercice que la démocratie pour un parti à la culture encore empreinte d’activisme.
En attendant les hostilités gouvernementales, le député vert local se vante d’investir « beaucoup d’argent dans les recours »4.

Un mariage de saison : agriculteurs et opposants

Ils se côtoient… de loin. Ils n’osent sans doute pas s’avouer tout ce qui les sépare, sous peine de briser l’union de façade.

Les intérêts des agriculteurs de Loire-Atlantique ne se trouvent pas qu’à Notre-Dame-des-Landes8 : la chambre d’agriculture et les subventions publiques sont d’autres enjeux qui pourraient les conduire à se faire plus discrets dans les rangs des contestataires.

La zone de compensation environnementale (autour de l’aéroport) imposée à Vinci est un rêve pour les activistes mais plutôt un cauchemar pour les éleveurs. Dans cette zone seules pourront paître 4 têtes de bétail par hectare. Un rêve de développement durable mais pas d’élevage intensif – auquel le prix du lait oblige les éleveurs – .

Me revient ce vers du poète Jean-Claude Dusse : « On sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher »

Candeur et misère du journalisme

Des articles confondants de naïveté et d’angélisme ont été publiés sur les activistes de la fameuse Zad -the place to be-. On les a loués pour leur « ingéniosité », pour leur esprit « bon enfant »5.
L’ingéniosité dans les constructions de cabanes… Les journalistes parisiens avaient-ils besoin d’aller si loin pour voir des cabanes construites avec des matériaux récupérés ? Aux portes du périphérique, les camps de Roms (des cabanes tout aussi ingénieuses), modèles de décroissance malgré eux, ont pourtant beaucoup moins bonne presse, y compris chez les Verts6. Trop proches et trop communs dans le paysage urbain ? Quelques photos misérabilistes prises de l’extérieur, mais rien sur une éventuelle ambiance « bon enfant ».
Malgré eux, les occupants de Notre-Dame-des-Landes ont cependant réussi l’exploit de rendre la zone attirante aux journalistes : ils leur en ont interdit l’accès. Le goût de l’interdit, l’envie de se mesurer aux copains de promo devenus grands reporters de guerre… et les voilà sur la Zad.
Il faudra un jour se pencher sur ce nouveau rapport que notre imaginaire collectif entretient avec la campagne : le repoussant à la lisière de nos villes devient attrayant dans nos vertes prairies. La télé-réalité, plus présente que David Thoreau dans notre fond culturel commun, n’y est sans doute pas pour rien.

Alors « Il ne faut pas désespérer Notre-Dame… » ? D’accord pour avoir tort avec Sartre. Mais avec la bande à Baader…

Retrouvez les autres articles du blog sur Notre-Dame-des-Landes [ici]

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7 réflexions sur « « Il ne faut pas désespérer Notre-Dame-des-Landes » »

  1. Judicieuse référence à Thoreau, Gaëtan. Nul doute que certains Zadistes se réclament de Walden. Abusivement. Thoreau, ne jetait pas des pierres sur les journalistes et des cocktails molotov sur les gendarmes. Cette confusion des valeurs, ce mariage de la carpe et du lapin comme vous le relevez, est une des curiosités de ce mouvement.
    Woodstock-des-Landes sera fort intéressant à observer cet été.

  2. Bonjour,

    Désolé de perturber vos discussions littéraires, mais j’aimerais poser une petite question aux spécialistes de « l’étalement urbain en Loire Atlantique » qui fréquentent et commentent ce blog.

    Il ne fait aucun doute que le transfert de Nantes Atlantique vers NDDL améliorerait, dans une certaine mesure et temporairement, la situation en terme d’urbanisation de périphérie nantaise grâce aux terrains disponibles à proximité de l’actuel aéroport. Même le plus têtu des opposants ne saurait le contredire. Mais, et c’est là ma question, cela réglerait-il pour autant, comme on pourrait le penser en vous lisant, le souci de l’étalement urbain dans le département ?

    Comprendre : si d’aventure le transfert se réalise, et quand bien même des logements seraient construits dans des zones proches de Nantes Atlantique, en quoi cela serait forcément synonyme d’arrêt de l’artificialisation massive des sols dans le Sud Loire ? Les collectivités locales vont-elles s’engager à ne plus délivrer de permis de construire, à stopper la construction de bâtiments HLM et tout autre projet immobilier susceptible de grapiller quelques hectares de terre ?

    A vouloir – mais c’est une brillante stratégie, certes- retourner les arguments écologistes contre les opposants, les partisans du projet (ceux là même qui n’hésitent pas à parler d’aéroport « d’environnemental » comme on parlerait d’une boucherie « végétarienne ») semblent prêter au potentiel futur aéroport des vertus de « pare-feu anti-gaspillage de terre ». Je réitère donc, en toute bonne foi, ma question posée plus tôt : qu’est-ce qui garantit que le transfert de l’aéroport évitera de manière durable et efficace l’étalement urbain de l’agglomération nantaise ?

    Merci d’avance de vos réponses.

  3. Essayons une réponse rapide, Alexandre. Les dégâts produits par l’étalement urbain sont aujourd’hui patents et tout le monde, ou à peu près, en convient. La solution n’est pas très compliquée, c’est la densification, c’est-à-dire la reconstruction de la ville, des centre-bourgs, sur eux-mêmes. Mais la densification est encore un gros mot, parce qu’elle heurte les sensibilités. Le élus ne l’utilisent donc qu’avec précautions.
    En gros, plus les collectivités sont conscientes de la question, plus le problème est traité en amont, en intégrant la question dans les règles d’urbanisme. C’est notamment le cas avec l’harmonisation des règles sur Nantes Métropole (l’augmentation du coefficient d’occupation des sols, la réduction des parcelles…) et sur ce que l’on nomme désormais le pôle métropolitain Nantes/Saint-Nazaire. Côté Sud-Loire, les choses sont beaucoup moins avancées et la bride est encore laissée sur le cou des maires, avec les conséquences que vous évoquez.
    Mais bon, pour revenir à Nantes et à l’aéroport. En cas de statu quo et en raison du plan d’exposition au bruit, toute urbanisation sur la partie sud-ouest de la ville et de l’agglo sera gelée, toute densification interdite (l’île de Nantes bénéficie aujourd’hui d’une dérogation dans la perspective du transfert). Il n’est pas certain par exemple que le CHU puisse se faire. La ville n’aura donc d’autre solution que de s’étaler de ce côté, hors du périmètre d’exposition au bruit.

  4. Bonjour,

    Je ne voudrais pas tomber dans les mêmes travers des opposants que j’ai déjà qualifiés d’experts 2.0. Je ne suis donc pas un spécialiste, mais j’essaie d’apprendre à lire le mieux possible et de trouver quand c’est possible les informations à la source.
    Quelques remarques avant d’aborder le fond.

    Il ne fait aucun doute que le transfert de Nantes Atlantique vers NDDL améliorerait […] la situation en terme d’urbanisation. Même le plus têtu des opposants ne saurait le contredire.

    L’impression que j’ai, peut-être fausse, c’est que les opposants ne contredisent pas ce point, tout simplement parce qu’ils ne le prennent pas en compte. Les quelques uns à le prendre en compte balaient cet argument d’un revers de main « c’est du greenwashing », comme vous avez peut-être la tentation de le faire.

    Après avoir lu une partie de l’enquête d’utilité publique, peut-être ai-je été naïf à nouveau, mais les contraintes environnementales étaient bien présentes dès le début du projet. Des spécialistes, vrais ceux-là, ont effectué quantité d’études sur les impacts du projet, y compris sur des points comme les paysages ou le traitement des pollutions de la zone. Les spécialistes de environnement qui ont rendu leurs expertises sont des scientifiques, pas des écologistes scientistes. En matière de crédibilité, j’aurais une préférence pour les premiers qui n’ont aucun intérêt à pratiquer le greenwashing politique des seconds.
    Ensuite, non, le déplacement de l’aéroport n’est pas LA solution à l’étalement urbain en France ou dans le département. Mais il serait déjà bon de redécouvrir certaines vérités concernant les surfaces agricoles

    En France, la surface agricole utile a diminué d’environ 15% entre 1960 et 2009, passant de 34 à 29 millions d’hectares. L’artificialisation des terres est le deuxième facteur de réduction des terres agricoles après le boisement lié à une déprise agricole.

    Ensuite l’étalement urbain est une question complexe.
    Si l’on veut à tout prix entrer dans l’ère du doute, et se demander à qui profite le crime, vous serez surpris d’apprendre que les premiers bénéficiaires de l’étalement urbain sont paradoxalement le monde agricole et rural:
    Les terres vendues ont rapporté 5Mds quand le revenu net de la profession était de 12,8Mds après le versement de 7,5Mds de subventions.
    C’est également la logique économique qui conduit à construire davantage de pavillons que de logements collectifs : le prix de revient au m2 est plus faible pour une maison individuelle. Même si un logement individuel consomme en moyenne 8 fois plus de sol en Loire-Atlantique.
    Bref ce n’est pas ici que nous allons épuiser le sujet. Et pour répondre plus précisément à votre question.
    Au sud-ouest, le Lac de Grandlieu constitue un obstacle naturel à un étalement infini.
    La Loire-Atlantique a lancé le Péan le plus ambitieux en France : 19300 ha, mais au nord de Nantes http://www.loire-atlantique.fr/jcms/cg_29605/des-territoires-equilibres
    Les autres solutions sont évidemment politiques (fiscalité, transport, plan d’aménagement)
    Bref le déplacement de l’aéroport n’est pas la panacée, mais il évite déjà un gros problème.

    Mais cette guerre idéologique est, pour l’instant, perdue.
    Ainsi ce jeune couple d’agriculteurs qui voit bien que l’urbanisation galopante les menace mais trouve encore à accuser Notre-Dame-des-Landes.

    Sources : L’étalement urbain en France

  5. Merci pour vos réponses. Comme souvent, chacun y trouvera sans doute ce qu’il cherche, et elles ont le mérite de reconnaître que « le déplacement de l’aéroport n’est pas la panacée », et qu’il convient de remettre au goût du jour « la densification, c’est-à-dire la reconstruction de la ville, des centre-bourgs, sur eux-mêmes ».

    Bien à vous.

  6. Je me permets de citer la phrase originale.

    Bref le déplacement de l’aéroport n’est pas la panacée, mais il évite déjà un gros problème.

    Le déplacement de l’aéroport n’est pas une condition suffisante à la densification de la ville, mais il est une condition nécessaire.
    Merci pour votre question

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