Téléthon, Sidaction, et autres pièges à cons

Aumône, gravure XVIe siècle

Comme chaque année à pareille époque, des stars du show business vous diront les yeux dans les yeux, des trémolos dans la voix  : « Donnez, c’est important ». Ces stars trop heureuses de capter un peu la lumière dans votre petite lucarne, vous diront à quel point vous et votre argent avez su vous rendre indispensables. Voyez ce labo où l’on manque de chercheurs, l’appareil là sur le coin de la paillasse, on y a collé l’étiquette Téléthon, et vous vous sentirez fier : c’est un peu de vous au fond. Pour clôturer le show, un artiste viendra se sacrifier en direct, vous chanter son dernier tube.

Les 5 raisons de ne pas tomber dans le panneau du Charity Business.

1- L’émotion contre la raison – La concurrence est telle entre toutes les entreprises de Charity Business qu’informer la population est jugé inefficace par les organisateurs de ces messes télévisuelles. On préfère montrer le malheur, jouer sur votre corde sensible. Il y a inflation émotionnelle, chaque patient exhibé devra se montrer plus mal portant que le précédent. L’agonie deviendra plus rémunératrice que la maladie. Dans une ultime évolution médiatique, Internet inventera le chaton à sauver. En attendant l’émotion a eu raison de toute tentative de questionnement en matière de santé publique. Quelles devraient être les priorités ? la génétique, la prévention, la réduction des inégalités devant la santé… On verra plus tard, on roule le fauteuil jusque sous les projecteurs.

2 – hubris intellectuelle – Qui suis-je pour avoir l’orgueil de prétendre que je sais comment doivent être orientées les dépenses de santé. Je n’en sais rien. Je n’ai pas encore eu la curiosité de m’intéresser à ce sujet. Je doute que regarder des émissions télévisées caritatives m’aide beaucoup. Je ne suis pas favorable à une société dirigée par des experts sans contrôle démocratique, mais ces opérations caritatives font de nous des experts sans connaissances. De 66% à 75% des sommes versées sont soustraites des impôts, c’est dire si un don engage bien plus que votre porte-monnaie, mais la communauté toute entière. Dès lors, s’il voulait assumer cette responsabilité, le téléspectateur doit bénéficier d’un débat public sur les questions de santé publique. Or le cirque lacrymal qu’on lui présente ressemble à tout sauf à un débat public. Sans ces connaissances, croire savoir ce qui est bon pour les malades c’est au mieux de la naïveté, au pire de l’orgueil.

3 – Collecte peu efficace – À l’heure où le maître-mot est la compétitivité, toutes ces associations seraient bien mal notées si on devait mesurer le coût de leurs dépenses par rapport aux sommes collectées. Pour l’AMF qui se veut vertueuse sur le sujet, les dépenses approchent les 20% – Dépenses de l’AMF – (frais de gestion, frais de collecte, communication). Pour l’État, toujours considéré trop dépensier et peu efficace, le coût de la collecte de l’impôt avoisine 1% (coût de gestion de l’impôt) des sommes collectées. L’impôt est donc 20 fois plus efficace. Pour 100€ donnés ce sont 19€ qui pourraient effectivement profiter à la science plutôt qu’à un cabinet de gestion.

4 – Solidarité entre pauvres – On vous montrera de grands chèques en carton de la taille de votre écran plat avec une multitude de zéros, et vous vous direz : « ils ont la classe les rupins, moi aussi je veux avoir la classe ». Inutile, vous avez déjà beaucoup plus la classe qu’eux. Au regard de leurs revenus, les plus fortunés donnent très peu comparativement aux plus pauvres. En effet, on sait que c’est dans les tranches de revenus les plus basses (13 500 à 15 000€) que le ratio de don moyen sur revenu imposable est le plus élevé : 0,8% (Qui donne le plus, les riches ou les pauvres ?). Donc ça rapporte toujours davantage de quémander pendant des heures auprès des plus démunis qui n’ont d’autres loisirs que la télévision.

5 – Le Showbiz se moque de vous – Plus grand monde n’a la naïveté de croire encore au désintéressement de stars qui viennent chercher la reconnaissance dans le regard des téléspectateurs. Ce seraient peut-être eux les plus à plaindre au fond… Il faut bien qu’ils se réconfortent de temps en temps dans une grande colonie de vacances : La tournée des Enfoirés, ou comment passer pour une bonne âme à peu de frais. Je ne tiens pas pour autant à les voir souffrir, simplement à leur rappeler que l’anonymat fait aussi partie de la beauté du don. Leur rappeler également que proportionnellement à leurs revenus, leur public a davantage de générosité. Leur rappeler enfin qu’appeler les français au don pour se plaindre ensuite, tel un Gad Elmaleh, d’être trop taxé, c’est tout simplement du mauvais goût.

Pour remplacer ces messes lacrymales, je propose d’organiser une journée consacrée à célébrer l’impôt sur le revenu suivie d’une soirée de débat sur l’avenir de la Santé. Comment ça Gad Elmaleh s’est décommandé ?

[Mise à jour] Johnny Halliday, domicilié fiscalement en Suisse pour profiter du grand air, s’est sacrifié en donnant sa veste aux enchères. On espère tous que ça ne lui a pas coûté trop cher. Caricature, quand tu nous tiens…

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