Le Péril Jaune : un dernier pour la route

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Fin XIXe, la menace du péril jaune s’incarne dans la peur d’une invasion armée asiatique.
Les inquiétudes économiques sont apparues à peine plus tard, sous la plume de Jacques Nocicow en 1897: « le péril jaune vient surtout de l’ouvrier chinois qui se contente de cinq sous »
Pourtant, en 1961, à la rédaction de son ultime roman Rigodon, c’est bien la première des peurs qui réapparaît chez Céline : celle du nombre.

les Chinois, les vrais, les Chinois de choc, ceux qui viendront nous occuper, bivouaquent déjà en Silésie… Breslau et les environs… mines et hauts fourneaux… il en viendra d’autres! bien d’autres d’à travers les steppes… des ces hordes!… kirghizes, moldo-finnois, balto-ruthènes, teutons… vous les verrez à Pantin, à la porte que vous connaissez, accueillis je ne vous dis que ça par de ces foules! hurlantes au pinard, au bonheur, à la liberté!
– Bravo! bravo! quand voyez-vous les jaunes ici?…
– Bientôt… mettons deux-trois ans.
– Tout ce monde communiste?
– Il va de soi! détail!… l’important le sang!… le sang seul est sérieux! tous « sang dominant »… n’oubliez pas!…
[…]
qu’ils viennent, qu’ils osent les Chinois, ils iront pas plus loin que Cognac: il finira tout saoul heureux, dans les caves, le fameux péril jaune! encore Cognac est bien loin… milliards par milliards ils auront déjà eu leur compte en passant par où vous savez… Reims… Epernay… de ces profondeurs pétillantes que plus rien existe…

La trilogie allemande (D’un château l’autre, Nord, Rigodon) ne pouvait que s’achever dans ce morceau grand-guignol, où ses préoccupations de médecin hygiéniste (la dénonciation de l’alcoolisme est très présente dans l’œuvre célinienne) rencontraient ses obsessions raciales.

Image : publicité Ricard
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